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L’Ami envahissant : les États-Unis d’Amérique (partie 1)

CONTRIBUTION / ANALYSE. Dans cette réflexion en deux parties dont voici la première, le politologue Arnaud Imatz fait la généalogie des différents sentiments vis-à-vis des États-Unis d'Amérique, pro comme anti, et montre que leurs intensités respectives évoluent de conserve. Partie 2 à lire ici.

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Les débats sur l’américanisme et l’antiaméricanisme, l’américanophilie et l’américanophobie, sont continuellement ravivés à mesure que les grands évènements géopolitiques se succèdent. Pour être exact, il conviendrait de parler plutôt d’amour et de haine des États-Unis d’Amérique et non pas de l’Amérique car avec 10 millions de km2 et 332 millions d’habitants, les États-Unis ne constituent qu’une partie mineure d’un continent qui ne compte pas moins de 42,5 millions de km2 pour une population de plus d’un milliard d’« Américains ». Mais les préjugés idéologiques, les conventions linguistiques et les détournements sémantiques étant ce qu’ils sont, il n’est pas aisé d’en venir à bout. Un seul exemple : voilà quarante ans que je m’élève, sans réel succès, contre l’utilisation douteuse par les historiens et journalistes français du terme « nationaliste » au lieu de « national » pour qualifier l’un des deux camps de la guerre civile espagnole… Mes amis hispano-américains me pardonneront donc, du moins je l’espère, d’employer ici les vocables Amérique et Américains dans les sens conventionnels, partiels et arbitraires qu’on leur donne en Europe, plutôt qu’exclusivement les expressions États-Unis et Étatsuniens (qui sont d’ailleurs elles-mêmes problématiques puisqu’elles se rapportent également au pays et aux habitants des Estados Unidos Mexicanos).

Le problème abordé dans cet article est celui de l’image de l’« Amérique » et de son évolution depuis la création des États-Unis en 1776. Quel a été et quel est le sens donné par les observateurs de la vie politique internationale aux évènements dans lesquels les États-Unis sont impliqués depuis leur fondation ? Soulignons d’entrée que ce vieux débat, toujours renaissant, ne s’affiche jamais clairement comme une opposition droite-gauche. Les pro- et les anti-américains se recrutent et se déchirent dans tout le spectre politique depuis plus d’un siècle et demi.

Nombre d’analystes ont fait remarquer qu’il y aurait, d’une part, un américanisme et un antiaméricanisme structurel ou...

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