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Olivier Delorme : "Erdogan n’a guère d’autre choix que de jouer les équilibristes"

14/03/2022

ENTRETIEN. Le 10 mars, alors que le conflit entre la Russie et l'Ukraine continuait de faire rage, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan organisait à Antalya des pourparlers entre les belligérants. Que cache cette posture de médiateur diplomatique ? Réponses avec l'historien Olivier Delorme, spécialiste des Balkans et fin connaisseur du monde turc.

Olivier Delorme : "Erdogan n’a guère d’autre choix que de jouer les équilibristes"


Front Populaire : On aurait pu croire la Turquie pieds et poings liés par les traités qui l’unissent à l’OTAN et aux Américains. Force est de constater que sa marge de manœuvre géopolitique est plus importante que ce qu’escompté. Comment l’expliquer ?

Olivier Delorme :
Erdogan a montré depuis longtemps que l’alliance américaine et l’appartenance à l’OTAN ne priment pas sur ce qu’il considère être les intérêts de la Turquie. Peu après l’arrivée au pouvoir de l’AKP, en 2002, les députés de ce parti islamiste ont interdit aux Américains l’utilisation de la base OTAN d’Incirlik pour l’opération aéroportée vers le Kurdistan irakien lors de l’invasion anglo-américaine – illégale – de l’Irak. Puis, pendant la guerre contre Daech, la Turquie a tiré dans le dos des alliés kurdes des Occidentaux. Quant à l’achat par la Turquie de systèmes de missiles de défense aérienne S-400 russes en 2017, il a conduit l’administration Trump à imposer à la Turquie une batterie de sanctions, dont l’interdiction de la délivrance de tout nouveau permis d’exportation d’armes ou d’accès du territoire américain aux dirigeants de l’agence turque d’achat d’armement, et surtout l’expulsion de la Turquie du programme de l’avion de combat F-35 entraînant l’annulation de neuf milliards de dollars de contrats de sous-traitance pour les entreprises turques. Ceci alors que la Turquie est incapable d’assurer la maintenance correcte de sa flotte de F-16 vieillissants ou de la porter aux derniers standards.

Et ce n’est ni la reconnaissance du génocide arménien par le président Biden, ni la demande par Erdogan (il est vrai vite remisée), en octobre dernier, d’expulser dix ambassadeurs, dont celui des États-Unis, ayant apporté leur soutien à un opposant turc condamné, qui sont de nature à améliorer des relations bilatérales qui n’ont jamais été aussi mauvaises depuis 1945.

À l’été 2020, la Turquie a...

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