Le retour des barbares
CONTRIBUTION / OPINION. Notre contributeur voit dans les mobilisations lycéennes et étudiantes une réminiscence des invasions barbares et de la chute de Rome.
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À la télévision, la caméra se promène dans les salles d’une faculté à Nantes. Je prends brutalement conscience de la nouvelle ère dans laquelle nous venons d’entrer. Des tas d'immondices sur les tables des étudiants, des murs couverts de slogans peints à larges traits contre la société capitaliste dans laquelle ces jeunes vont devoir travailler. Par exemple « ACAB », qui signifie « All Cops Are Bastards » : « Tous les flics sont des salauds » en bon français, variation importée d'Amérique sur le thème « Un bon flic est un flic mort ». Mais ce qui me parait le plus significatif, c’est la débauche de peinture noire. Salles de classe et couloirs défigurés vont devoir être lessivés et repeints.
À la séquence suivante, de doctes journalistes commentent cette révolte sans prendre apparemment conscience de sa signification : les barbares sont de retour.
Revenons alors à cette période, entre la civilisation gréco-romaine et la civilisation chrétienne, où régna la barbarie : de l’invasion de Rome au couronnement de Charlemagne. En 410, les Wisigoths d'Alaric prennent Rome et la pillent pendant trois jours. Le baptême de Clovis vers 500 annonce la renaissance chrétienne mais avec un pouvoir limité. Ce qui a disparu, c’est la capacité de maintenir un ordre couvrant un vaste territoire. Des royaumes, des cultures et des institutions subsistent, mais ils ne remplacent pas l’organisation impériale, matrice de la riche culture romaine et de la synthèse gréco-romaine. C’est en ce sens que l’on peut parler d’un effondrement civilisationnel.
Le pouvoir s’est fragmenté. La sécurité devint plus locale et plus incertaine. Rapidement, les populations dépendent davantage du roi, d’un puissant propriétaire, d’un chef militaire ou d’un évêque. La protection repose de plus en plus sur des relations personnelles. Les villes perdent une partie de leurs fonctions. Leur population diminue. Thermes, aqueducs et équipements collectifs cessent de fonctionner faute de ressources...
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