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Le mythe Robert Schuman

CONTRIBUTION / OPINION. Le « Père de l'Europe » Robert Schuman, aujourd'hui « vénérable », demain béatifié par l'Église catholique ? Sur le bureau du Vatican depuis cinq ans, le dossier Schuman est plus problématique qu'il n'y paraît, explique notre contributeur.

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Le pape François a eu l’idée assez inopportune de déclarer Robert Schuman vénérable le 19 juin 2021. Cela constitue la première grande étape officielle du procès en canonisation. Certes, on le surnomme aussi « le moine soldat de l’Europe ». Mais de là à la canonisation, il y a un pas que nous estimons inutile de franchir.

Certes, avec Jean Monnet, l’Allemand Adenauer et l’Italien Gasperi, le Luxembourgeois Robert Schuman, démocrate-chrétien, est l’un des pères fondateurs de l’Europe. Ceci est indéniable. Leur combat a été valeureux et semé d’embûches. Ainsi  le duo que Schuman formait avec Monnet n’avait pas toujours l’heur de satisfaire le général de Gaulle. Robert Schuman favorisait une approche supranationale et fédérale pour la construction européenne (notamment avec la déclaration du 9 mai 1950), tandis que le général de Gaulle défendait l'idée d'une « Europe des États » souverains et intergouvernementale. Ce dernier savait aussi les collusions qui existaient entre Monnet et les États-Unis.

Ainsi, l’homme du 18-Juin s'est opposé à des projets d'intégration militaire ou politique profonde qu'il jugeait menaçants pour l'indépendance nationale, comme la Communauté européenne de défense (CED) que Robert Schuman avait soutenu. Ce fut notamment l’occasion de pratiquer là aussi la « politique de la chaise vide ».  Jean Monnet et Charles de Gaulle ont entretenu une relation complexe, partagée entre des collaborations pragmatiques pour redresser la France et un désaccord profond sur l'avenir de l'Europe et la souveraineté. Monnet, comme Schuman, est un atlantiste. Après l'offensive allemande du 10 mai 1940, Robert Schuman estime dès le 12 juin qu'il « faut mettre bas les armes » (1). Le 16 juin 1940, il est confirmé à son poste de sous-secrétaire d'État et fait donc ainsi partie du gouvernement Pétain. Surtout le 10 juillet 1940, Schuman vote pour les pleins pouvoirs au maréchal Pétain (2). Toutefois, il ne siège...

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