Meurtre de Thomas à Crépol : couvrez ce racisme que je ne saurais voir
CONTRIBUTION / OPINION. Alors que la justice a retenu le caractère raciste (en l'occurrence, anti-blanc) du meutre du jeune Thomas à Crépol en 2023, certains sociologues rejettent catégoriquement l'existence du concept. Alors, qu'en est-il ?
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« Couvrez ce sein que je ne saurais voir », s’indignait Tartuffe, moins troublé par le désir que soucieux d’exhiber sa vertu. Depuis que la justice a retenu la circonstance aggravante de racisme dans l’affaire de Crépol, une partie des sciences sociales semble nous adresser une injonction comparable : couvrez ce racisme que je ne saurais voir.
Ce n’est pas un verdict. C’est une qualification soumise au débat judiciaire, que la juridiction de jugement devra apprécier. Il n’en a pas fallu davantage pour rouvrir une controverse ancienne. Éric Fassin, professeur de sociologie à l’université Paris 8, l’a résumée en une formule : « Le racisme anti-Blancs n’existe pas, ça n’a aucun sens pour les sciences sociales. »
Une définition qui contient sa conclusion
Sa position est cohérente. Le racisme n’y désigne pas une hostilité individuelle fondée sur la couleur ou l’origine, mais un rapport social de domination. Pour être avéré, le racisme doit donc s’inscrire dans une histoire : esclavage, colonisation, théories raciales, et/ou dans un contexte contemporain, discriminations à l’embauche ou au logement, contrôles au faciès, assignations identitaires. Rien de comparable, selon Fassin, n’existe à l’encontre des Blancs dans la société française. Il peut donc y avoir des injures, des agressions, des coups visant une personne parce qu’elle est blanche. Mais il ne peut pas y avoir de racisme. Il faut mesurer ce que produit cette définition. Elle ne conclut pas au terme d’une enquête : elle tranche avant elle. Si le racisme désigne par construction la domination structurelle des non-Blancs par les Blancs, alors le racisme anti-blanc est impossible avant même que l’on ait examiné les faits. L’absence du concept dans une partie de la littérature scientifique est ensuite invoquée comme preuve de l’absence du phénomène. Le raisonnement est circulaire, mais il est présenté comme un résultat.
Reste que le mot appartient à tout le monde....
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