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Faut-il légitimer le concept de féminicide ?

04/08/2021

DÉBAT. Le ministre de l'Intérieur a évoqué dimanche soir une série de mesures pour lutter contre les violences faites aux femmes. Derrière ces mesures indispensables se cache un débat sémantique autour du terme « féminicide ». Faut-il démocratiser ce néologisme ? C’est le débat de ce mercredi.

Faut-il légitimer le concept de féminicide ?

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a fait le point dimanche dans une interview au Parisien sur les chiffres de l’année 2020 concernant les « morts violentes au sein du couple ». L’occasion pour lui d’annoncer certaines mesures – comme l'obligation pour chaque commissariat et brigade de gendarmerie de se doter d'un officier spécialisé dans les violences conjugales. L’occasion pour nous d’interroger cette notion qui fait juridiquement débat, au-delà de la terrible réalité qu’elle entend décrire.

Généalogie du mot féminicide

Si le mot « féminicide » est bien présent dans le vocabulaire politico-médiatique, le terme est apparu dans les années 1970, avant de devenir un objet d’étude et de recherche quand les sociologues Jill Radford et Diane Russell publient Femicide : the politics of woman killing en 1992. Contraction de female et homicide, il sera par la suite utilisé par diverses instances politiques internationales, jusqu’à sa reconnaissance en 2012 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), considérant que ces cas « s’inscrivent dans des cadres de violences systémiques et dans une logique de domination masculine ».

L’année 2019 a vu la banalisation de ce mot dans les médias et les discours politiques, désignant explicitement les meurtres par conjoints. Si de nombreux slogans placardés sur les murs ou criés dans les rues ont alors donné à lire et à entendre le néologisme, le terme de féminicide est allé jusqu’à la bouche du Président de la République. À la tribune des Nations unies, en septembre de la même année, Emmanuel Macron lui-même a déclaré que « parce que les féminicides continuent, en France comme dans d’autres États, nous devons donner un statut juridique à ce sujet et bâtir une action efficace pour l’éradiquer ».

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