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Frédéric Farah : « Il faut mettre la dette à l’abri des marchés financiers »

12/12/2020

ENTRETIEN. Frédéric Farah est économiste, chercheur affilié au laboratoire PHARE de la Sorbonne (Paris I) et enseignant. Il est l’auteur d’un remarquable essai, Fake State, publié à la rentrée 2020 chez H&O. Nous l’avons interrogé sur les tenants et les aboutissants de la dette Covid.

Frédéric Farah : « Il faut mettre la dette à l’abri des marchés financiers »

Front Populaire : La dette publique française est passée en gros de 100% à 120% du PIB avec la crise sanitaire. On nous présente cette information comme la 11ème plaie d’Égypte, mais 120% au lieu de 100%, au fond, qu’est-ce que ça change ?

Frédéric Farah : Rien ai-je envie de dire. Ce ratio dette/PIB est contestable, car il rapporte un stock, une dette et un flux, le PIB. Le PIB représente un flux de revenus dans l’année. La dette est un stock, car un déficit fait naitre un besoin de financement, qui engendre une dette. En s’accumulant au fil des ans, elle constitue un stock. Par ailleurs, ce ratio dette/PIB laisserait entendre qu’en un an, il faudrait rembourser par exemple un montant supérieur au revenu annuel. Ce ratio pose plus de problèmes qu’il n’en résout. Il n’existe pas de consensus dans la science économique pour déterminer un seuil de dette qu’il convient de ne pas franchir. Les économistes Reinhart et Rogoff au cours des années 2010 ont proposé des seuils à ne pas dépasser. Mais leurs travaux tant sur la méthodologie que sur le fond ont fait l’objet de débats très vifs. Récemment, l’économiste indien Raghuram Rajan a nourri le débat en affirmant dans un article de Project Syndicate « Il ne suffit pas qu'un gouvernement s'assure qu'il pourra se permettre de payer les intérêts ; il doit également montrer que lui et ses successeurs pourront rembourser le principal. Certains lecteurs protesteront contre le fait qu'un gouvernement n'a pas besoin de rembourser la dette, car il peut émettre une nouvelle dette pour rembourser une dette venant à échéance. Mais les investisseurs n'achèteront cette nouvelle dette que s'ils sont convaincus que le gouvernement pourra rembourser toute sa dette grâce à ses revenus potentiels. » On voit bien que le débat...

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