Anticipationabonnés

« Je partage le réalisme de Houellebecq, pas son pessimisme »

ENTRETIEN. Lorsque la rédaction de Front Populaire a demandé à Michel Houellebecq s’il souhaitait mettre en valeur dans ce hors-série des écrivains ou des artistes l’ayant inspiré, le nom de Norman Spinrad est vite apparu. Auteur d’une quarantaine de romans de science-fiction, cet octogénaire américain, installé à Paris depuis 1988, a signé une œuvre culte, Jack Barron et l’éternité, qui a connu un immense succès dès sa sortie en 1969, notamment en raison de ses dialogues et de ses scènes très osées pour l’époque. Plus d’un demi-siècle après, le récit n’a rien perdu de sa pertinence et de son génie visionnaire. Rencontre avec l’un des derniers géants du roman d’anticipation.

« Je partage le réalisme de Houellebecq, pas son pessimisme »


F.P. : Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Michel Houellebecq ?

Norman Spinrad : C’était il y a une vingtaine d’années à Paris. Je collaborais alors à un groupe de rock underground créé par Richard Pinhas (N.D.L.R. : l’un des pionniers de la musique industrielle en France). À la même époque, Houellebecq faisait la même chose que moi, je veux dire que lui aussi était un écrivain qui déclamait ses textes sur de la musique expérimentale, sur des morceaux produits par Bertrand Burgalat, pour être précis. Nous nous sommes croisés dans ce milieu et pas du tout dans le monde littéraire. Je me souviens d’ailleurs que lors de notre première conversation, Houellebecq m’a expliqué, pour rire, qu’il s’était lancé sur la scène rock pour rencontrer des filles. Seulement, il était en train de découvrir que cet univers était en réalité tout aussi sage que celui de l’édition…


F.P. : Saviez-vous que Michel Houellebecq comptait parmi les admirateurs de votre œuvre ?

Norman Spinrad : Je suis étonné de ce que vous dites. Houellebecq a le statut d’un véritable écrivain, alors que moi, je suis catalogué comme simple auteur de science-fiction…


F.P. : Vous voulez dire que c’est un genre mineur ?

Norman Spinrad : Disons que c’est un genre qui n’a pas une image sérieuse, ce qui est injuste. Car comme beaucoup d’auteurs de science-fiction, je ne parle pas seulement de technologie dans mes romans, mais aussi de société, de culture, de politique. Houellebecq a été plus malin que moi : certains de ses livres sont eux aussi des récits d’anticipation, mais il ne s’est pas laissé enfermer dans cette case.


F.P. : Comment aimeriez-vous qu’on vous qualifie si vous trouvez cette case réductrice ?

Norman Spinrad : Je me définis d’abord comme un auteur engagé. Je veux dire...

Contenu réservé aux abonnés

80 % de ce contenu restent à découvrir !

Pour le consulter, vous devez vous connecter ou vous abonner.

Chargement des commentaires...