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Chambre 17

CHRONIQUE. Tout au long de l'été, notre camarade Jean-Paul Pelras nous incite, avec ces chroniques champêtres, à nous replonger dans ce flot de souvenirs qui font notre identité collective. Aujourd'hui, quelques mémoires enfouies d'un hôtel disparu...

Chambre 17

Aout 1982. Un samedi matin jour de marché. Le bar-hôtel-restaurant est celui des Voyageurs, du Midi ou du Centre. On y respire la chaleur de la nuit, les odeurs de cuisine se mêlent à celles du café, du pastis, du vin en pichet, de la bouse de vache tombée des chaussures, du « fragadou » et du tabac roulé.

Les mangeurs de tripous ont écrasé leurs mégots et laissé quelques croutes de fromage sur le bord des assiettes avant de repartir vers le foirail. Ce jour-là, nous sommes arrivés vers 11 heures. Et la patronne, après nous avoir fait signer le registre rangé sous le comptoir nous tendit la clé de la Chambre 17 avec son gros porte clé entouré d’un cercle en caoutchouc.

Dans la chambre, la moquette grise un peu usée, un paravent devant le lavabo avec sa tige porte savon, la prise pour le rasoir, 2 petites serviettes, le bidet, les consignes de sécurité et le tarif affiché derrière la porte.

La tapisserie, inoubliable papier à fleurs, le petit secrétaire en formica, la fenêtre qui donne sur les toits, les volets en ferraille, le téléphone en bakélite, le cendrier, la patère, deux chaises, la douche sur le palier, le plancher qui craque devant l’armoire ou pendent 4 cintres et où sont rangés 2 oreillers. Un livre de Modiano oublié dans la tablette de nuit. « Une jeunesse » je crois. Le souvenir de celle que nous n’avons jamais pu oublier. Et, 35 ans plus tard, la même rue, l’hôtel n’existe plus. Sauf peut-être, encore un peu, pour ceux qui l’ont connu.

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