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La tige porte-savon

CHRONIQUE. Tout au long de l'été, notre camarade Jean-Paul Pelras nous incite, avec ces chroniques champêtres, à nous replonger dans ce flot de souvenirs qui font notre identité collective. Aujourd'hui, un savon et son support...

La tige porte-savon

C’est, comme il se doit, dans une droguerie que suis tombé sur l’objet, au rayon entretien, entre l’étagère des rubans à mouches et celle des robinets. Sur le coup, on n’ose pas trop y croire. Alors on ouvre la boite.

On regarde la tige en ferraille, le support à fixer au mur, le savon blanc ou jaune qui ressemble à un gros citron. Rien d’extraordinaire en définitive, si ce n’est ce qu’évoque la découverte en question : l’eau froide des réfectoires avec ses longs lavabos alignés, les toilettes à la turque au fond du couloir d’un hôtel de campagne avec la chasse d’eau à chaîne et le vasistas qui donne sur la cour.

Oui, vous savez, celle où, près du vieux congélateur, le cafetier stockait les bouteilles consignées dans des casiers mal empilés. Je pourrais également, pour commenter la chose, parler d’un petit camping sur l’Aubrac dont nous avons oublié le nom, de ce resto qui donnait sur la rivière dans les gorges du Tarn ou dans celles du Verdon.

Je pourrais me souvenir des trains à compartiment et de ce lieu d’aisance ferroviaire où l’on titubait en regardant tomber le pipi sur la voie ferrée. En ce temps-là, nous croisions encore des militaires en permission qui fumaient dans le couloir avec leurs calots glissés sous l’épaulette et des bonnes sœurs assises près de la grande vitre à manivelle où était inscrit l’inoubliable « E pericolo sporgersi ».

Mémoire solitaire et visages en perdition qui nous rappellent tous ces endroits où, entre nos mains, quelque part du côté de l’enfance, nous avons fait tourner ce drôle de savon.

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