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Pourquoi la planification n'est pas soluble dans le néolibéralisme (partie 6)

05/08/2022

ENTRETIEN. Et si démondialisation rimait avec planification ? C’est l’hypothèse de travail de Jacques Sapir dans Le grand retour de la planification ? (éd. Jean-Cyrille Godefroy). Dans cette sixième partie de l'entretien, l'économiste revient sur les raisons pour lesquelles planification économique et paradigme néolibéral sont incompatibles.

1ère partie de l'entretien
2ème partie de l'entretien
3ème partie de l'entretien
4ème partie de l'entretien
5ème partie de l'entretien

Pourquoi la planification n'est pas soluble dans le néolibéralisme (partie 6)


Front Populaire : Vous plaidez pour un retour contemporain à la planification. Sur le plan théorique, la planification est-elle compatible avec le modèle néolibéral et managérial de l’Etat-entreprise qui nous est imposé ?

Jacques Sapir : La planification n’est pas en réalité compatible avec ce modèle dans lequel la décision politique est mise sous tutelle soit de supposées « lois économiques » soit de pratiques managériales. À cet égard, il faut signaler le rôle du rapport rédigé en 1993 par Jean de Gaulle [1], rapport qui a servi de prétexte pour enterrer le Plan.

Le rapport prenait acte d’une perte progressive d’influence du Commissariat Général au Plan, perte qui était attribuée à la perte de la situation de monopole ou de quasi-monopole en matière de réflexion prospective qui lui avait longtemps permis d'être au cœur de l'exercice de réflexion sur les questions relevant du devenir de l’économie française [2]. Le rapport constatait aussi une remise en cause de la concertation institutionnelle provenant tant de l’affaiblissement des organisations syndicales que de la réticence de plus en plus nette des administrations à participer à des procédures dont l’intérêt devenait faible depuis l’abandon du cadrage macroéconomique et budgétaire au profit de la politique conjoncturelle du Ministère des Finances [3]. Il en déduisait donc le fait que la tendance était à la substitution de l'État « régulateur » ou de l'État « stratège » à l'État « interventionniste ». La conclusion en était l’abandon des procédures de planification et la transformation du CGP en une cellule de prospective.

Or, l’État régulateur est en réalité un État, ou un groupe d’États dans le cas de l’Union européenne, qui limitent leurs interventions à produire et à faire appliquer des législations et des réglementations. Cette notion a fourni un cadre utile pour conceptualiser la nature de l'UE...

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