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Chapitre 3 - Des Gilets jaunes au Covid : le feu sous la cendre

03/10/2020

ENTRETIEN. Pour qualifier le lent délabrement de l’Etat français, Marcel Gauchet a parlé d’une « étrange défaite en temps de paix ». C’est de cette étrange défaite dont l’économiste Frédéric Farah fait le récit minutieux dans son dernier ouvrage intitulé Fake State (2020) chez H&O. Troisième et dernière partie de notre entretien.

Chapitre 3 - Des Gilets jaunes au Covid : le feu sous la cendre

Front Populaire : On dit souvent que même au sein de l’UE, la politique sociale reste de la compétence souveraine des États. Est-ce aussi simple ? Vous montrez que la marchandisation de la protection sociale a partie liée avec les engagements européens depuis l’Acte unique de 1986. Pouvez-vous développer ?

Frédéric Farah : Il faut bien comprendre que lorsque les capitaux circulent librement, ils ont un coup d’avance sur la protection sociale qui elle, est fixée à un territoire national. Donc le facteur moins mobile est contraint de s’ajuster, il n’a pas les moyens de chantage si je puis dire. A partir du moment où la logique concurrentielle et de compétitivité l’emporte, le financement de la protection sociale sur la base de cotisations sociales est ébranlé, d’où le recours à une fiscalisation accrue comme la CSG qui monte en puissance. Par ailleurs, à partir du moment ou la constitution de l’euro implique une réduction ou une limitation de la progression de la dépense publique, alors c’est la dépense sociale qui est concernée. Il faut qu’elle devienne compatible avec le marché, elle est perçue comme un poids, un coût à contenir.

FP : Vous anticipez dans votre ouvrage la rhétorique libérale au sujet de l’Etat redistributeur champion des dépenses publiques et parlez de « l’Etat anesthésiste ». Qu’entendez-vous par là ?

FF : L’Etat, par les politiques sociales, va rendre plus supportable les politiques déflationnistes qui sont à l’œuvre à partir de 1983. Elles doivent faire passer la pilule. On passe ainsi de l’« Etat dirigiste » à l’ « Etat anesthésiste » qui rend la pilule moins amère et qui accompagne socialement si je puis dire la destruction d’emplois, la fermeture d’usines. Le poids de la dépense publique, essentiellement de la dépense sociale, ne donne pas plus de leviers d’action de l’Etat, il lui permet d’amortir et de rendre supportable...

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