Internationalopinions

La « dissuasion avancée » de Macron, ou l’impossible conciliation des souverainetés nationale et européenne

CONTRIBUTION / OPINION. À l'Île Longue ce lundi 2 mars, Emmanuel Macron a dévoilé les nouvelles orientations stratégiques de la dissuasion nucléaire française. Une doctrine tiraillée entre impératifs de souveraineté nationale et hallucinations européistes ?

emmanuel-macron-ile-longue-dissuasion-nucleaire
© Eliot Blondet -POOL/SIPA


Le discours du président Macron à l’Ile Longue, le 2 mars, concernant la dimension européenne de la force française de dissuasion nucléaire, est un bel exercice oratoire autour d’une équation qui est insoluble. Il repose sur une contradiction fondamentale : une souveraineté nationale qui voudrait être partie d’une souveraineté européenne.

Pressentant les innombrables critiques qui allaient accueillir ce texte, Macron s’est voulu rassurant en ouvrant sa prestation – quelque peu théâtrale -- sur des affirmations que le général de Gaulle lui-même applaudirait des deux mains. Il y est question du « plein respect de notre souveraineté », d’une arme nucléaire qui est pour la France « le socle de sa sécurité », d’une doctrine qui « refuse l’idée de riposte nucléaire graduée » et « tout concept d’emploi tactique ». Un passage de ce texte est capital sur ce plan : « Il n’y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre. En vertu de notre constitution, elle appartient au seul président de la République comptable devant le peuple ». Que demander de plus ? On nous parle de la France, de sa souveraineté, des mots qui étaient devenus inhabituels, voire à peine politiquement corrects, remplacés qu’ils étaient par « Hexagone », « République », « Notre Europe », etc. En tant que souverainistes, nous ne pouvons être que satisfaits.

Le problème est que la suite, la partie la plus innovante, est parfaitement incompatible avec ce préambule quasiment nationaliste, sans parler des souhaits totalement utopiques.

L’idée générale est que la nouvelle doctrine nucléaire française doit être celle d’une « dissuasion avancée ». Qu’est-ce à dire ? « Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire » : dont acte. « Et nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté » : cela devient plus compliqué. Le président a exposé dans le détail ce qu’était cette stratégie « dans la profondeur...

Vous aimerez aussi