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Les États-Unis, laboratoire de l’État profond mondial ?

DÉBATS. Avant d’être importé en France, le concept d’État profond a émergé aux États-Unis, où il désigne l’emprise des cadres de l’administration sur la vie politique. Donald Trump en a fait un usage récurrent dans le débat public. Un article dans le droit-fil du second numéro de la revue Front Populaire consacré à cette notion.

Les États-Unis, laboratoire de l’État profond mondial ?

Le concept d’État profond est à la fois mobilisateur et problématique. Il est commode dans le contexte d’une société de masse caractérisée par l’indifférence à la politique de citoyens consommateurs de spectacles préfabriqués qui ont besoin de toujours plus de stimulation. D’apparition récente, ce concept plastique par excellence a été évoqué dans la littérature américaine pour caractériser, entre autres, le complexe militaro-industriel (dont Raymond Aron et Christopher Lasch rappelaient que son cœur était l’université), le FBI du temps de J. Edgar Hoover, le style de gouvernement de l’administration Nixon ou l’institutionnalisation permanente de l’État d’exception dans l’esprit du Patriot Act. Popularisé dans les milieux trumpistes, il évoque surtout l’idée d’une classe professionnelle managériale installée aux commandes de tous les relais d’influence (administration, agences de renseignement, médias, université, grandes entreprises, état-major des armées, etc.) qui transcenderait les partis politiques et s’auto-reproduirait. Percevant Trump comme un corps étranger installé à la Maison Blanche par cette vieillerie dangereuse qu’est le système des grands électeurs, son souci immédiat serait d’annuler le résultat de l’élection de 2016 pour reprendre inlassablement le chemin de la mondialisation heureuse et de la dictature universelle des bonnes intentions.

Trump et l’État profond

Dans le cas précis de la présidence Trump, la rhétorique de l’Etat profond est surtout alimentée par le schisme inédit dans l’histoire américaine entre l’occupant de la Maison Blanche et les services de renseignements et le rapprochement fusionnel entre ceux-ci et les médias. En atteste le fait que les deux plus hauts responsables du renseignement sous l’administration Obama (James Clapper, qui officiait en tant que directeur du renseignement national, et John Brennan, qui dirigeait la CIA) sont des consultants rémunérés par NBC et CNN, aux côtés de nombreux autres anciens cadres dirigeants des agences de renseignements. Les fuites des services secrets et des diplomates dans les médias...

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