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Débandade à Kaboul

25/08/2021

OPINION. Pour le géopolitologue Bruno Guigue, le retrait des troupes américaines ayant laissé le champ libre aux talibans pour prendre le contrôle de l’Afghanistan met en lumière l’échec prévisible de l’impérialisme américain. Une histoire qui ne fait que se répéter.

Débandade à Kaboul

Plutôt dérisoires, ces commentaires journalistiques qui reprochent à Joe Biden de se comporter comme Donald Trump, qui accusent Washington de renoncer à son hégémonie planétaire, et se livrent à une narration suggérant que les États-Unis n’en ont pas fait assez, un peu comme ces bellicistes qui, durant la guerre du Vietnam, ne comprenant rien à rien, réclamaient davantage de troupes au sol et davantage de bombes sur le Nord-Vietnam. Comme si un surcroît d’impérialisme pouvait sauver l’impérialisme, et comme si vingt ans d’occupation militaire en Afghanistan, des dizaines de milliers de morts et des centaines de milliards partis en fumée n’étaient qu’un acompte, et qu’il fallait verser le solde !

Tout aussi dérisoire, pour la même raison, est la thèse de « l’erreur stratégique » commise par Washington, soutenue par certains experts occidentaux qui trouvent que cette invasion était une bonne idée, au motif qu’il fallait punir les méchants talibans complices d'Al-Qaïda, mais que, malheureusement, elle a été mal exécutée. Si c’était vraiment le cas, pourquoi les États-Unis, constatant leur erreur, n’ont-ils pas plié bagage comme ils l’ont fait en Somalie en 1992 ? Constamment ressassée après chaque échec, cette thèse de « l’incompétence » ou de « l’amateurisme » de Washington évacue la question des véritables motivations de l’intervention étrangère : argumentation qui sert d’écran de fumée, elle fait comme si la légitimité de cette intervention allait de soi, et comme si le problème, en définitive, était un problème de forme, et non un problème de fond.

On s’autorise ainsi à passer sous silence les véritables ressorts de ce conflit majeur. On oublie que ce vaste pays montagneux est un pays-charnière qui fait la jonction entre les mondes iranien, turc et indien, et qu’en plaçant son territoire sous contrôle direct ou indirect, Washington entendait obtenir de cette opération, à...

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