Débat Soral-Guénolé : anatomie d’une mécanique complotiste
CONTRIBUTION / OPINION. Le récent débat entre l'essayiste (multi-condamné) Alain Soral et le politologue Thomas Guénolé sur l'antisémitisme a suscité un certain écho médiatique. Il constitue par ailleurs un objet d'étude intéressant des rouages de la rhétorique complotiste, explique notre contributeur.
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Le fameux « débat du siècle » sur l'antisémitisme entre Alain Soral et Thomas Guénolé a beaucoup circulé en France ces derniers jours. Au-delà de la foire d’empoigne, il offre surtout une occasion assez rare d’observer en direct la mécanique du raisonnement complotiste. Non pas seulement ce qu’il affirme, mais la façon dont une intuition devient peu à peu une certitude, à force de sélectionner les faits qui la confortent et de relier entre eux des éléments qui, pris séparément, ne démontrent pas grand-chose. Je me suis donc farci, sur le mont Royal, à Montréal, entre deux sprints, les quelque deux heures et trente-huit minutes du fameux débat. Quelques passages sont proprement lunaires, mais l’exercice vaut le détour.
Je ne suis pas un admirateur de Thomas Guénolé. Sa propension à la mise en scène de lui-même et certaines de ses analyses politiques m’agacent souvent. Mais il faut rendre à César ce qui appartient à Jules : dans le contexte particulier d’une chaîne YouTube plutôt complaisante à l’endroit de Soral, il est allé au charbon. Reste tout de même une question. En acceptant ce genre de face-à-face, un intellectuel ne risque-t-il pas aussi de conférer, par son propre capital symbolique, une certaine crédibilité à celui qu’il entend réfuter ? Je laisse la question ouverte.
Guénolé commet d’ailleurs, à mon sens, une erreur stratégique dès les premières minutes. Il choisit d’ouvrir le débat avec une définition académique de l’antisémitisme tirée de la Déclaration de Jérusalem. La définition peut être parfaitement défendable. Mais face à Soral, commencer par invoquer une autorité portant le nom de Jérusalem lui offrait un boulevard. Il pouvait aussitôt déplacer la discussion de la définition elle-même vers l’origine supposée de celui qui la formule. Dans ce type d’affrontement, c’était pour le moins naïf.
Même chose lorsque Soral revient sur l’expression « peuple élu », dont...
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