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Pour sauver le football français, rendons-lui son âme

07/02/2021

OPINION. Jeremy Bouhy est agent sportif dans le football et le rugby. Passionné par le sport et attaché à l’indépendance d’une France qu’il chérit, il nous livre un état des lieux réaliste du football français, sport populaire vampirisé par des décennies de mondialisation néolibérale.

Pour sauver le football français, rendons-lui son âme

Le football n’est pas seulement une pierre angulaire de la vie des français, un lien transversal qui nous rassemble par-delà les barrières visibles et invisibles (sociales, ethniques et culturelles). Il est aussi un marqueur, un miroir des ravages occasionnés par l’ouverture des frontières, la victoire du marché sur le bien commun et l’intérêt national, en deux mots de l’effet destructeur du néolibéralisme sur nos sociétés modernes.

A la fin des années 90, le football français était encore placé sous la protection d’anges gardiens. Des hommes d’un autre temps, entrepreneurs, ancrés dans leurs régions, amoureux transits de leurs couleurs, et pour lesquels la reprise du club de foot qu’ils avaient supporté enfants était une façon heureuse de partager leur réussite avec leur communauté.

Les bourguignons Guy Roux et Jean-Claude Hamel veillaient aux destinées de l’AJ Auxerre, Jacques Rousselot dirigeait Nancy, Gervais Martel le RC Lens, Carlo Molinari le FC Metz, Jean-Pierre Louvel Le Havre, Jean-Louis Triaud les Girondins de Bordeaux, tandis que Louis Nicollin couvait son bébé, le Montpellier Paillade, depuis son Mas de St Gabriel.

Les clubs étaient gérés « en bons pères de familles », la vocation des centres de formation était de former les futurs joueurs du club, et le rêve ultime de ses pensionnaires d’y signer leurs premiers contrats professionnels. Si une descente en Ligue 2 n’était pas la fin du monde (de nombreux clubs faisaient l’ascenseur), une qualification européenne était le graal, pour la valeur sportive et symbolique que cela donnait au club, à la ville, et à la région.

Les premiers nuages sont apparus une décennie après le passage aux années 2000. L’arrivée massive et instantanée dans le football européen d’investisseurs étrangers (américains, asiatiques, russes, moyen-orientaux) a déréglé l’économie des transferts en créant une bulle inflationniste sur les salaires des joueurs et leur valeur marchande....

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