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L’imposture décoloniale

02/01/2021

CRITIQUE. Philosophe et historien des idées, Pierre-André Taguieff est directeur de recherche au CNRS. Spécialiste de l’idéologie du Progrès et de la notion de racisme, il a fait paraître en octobre dernier L’imposture décoloniale, aux éditions de L’Observatoire. Un ouvrage de clarification méthodique et rigoureux.

L’imposture décoloniale

En 2014, la philosophe Bérénice Levet publiait La Théorie du genre ou le Monde rêvé des anges, analyse au scalpel des délires théoriques néoféministes. Au début de son ouvrage, elle avouait avoir longtemps regardé la théorie du genre avec amusement et indifférence, en considérant qu’un tel galimatias n’avait aucune chance d’infuser la société, puis avouait avoir mésestimé son pouvoir de colonisation mentale. C’est à une constatation similaire que se livre ici Pierre-André Taguieff, à propos des théories décoloniales.

Ces prétendues théories, en ébullition depuis les années 1980, ont peu à peu pris pied dans le débat public jusqu’à trouver une certaine forme de respectabilité universitaire dans un climat mêlé de peur et de compromission. Ainsi, les idéologues décoloniaux ont pris le contrôle d’une partie des sciences sociales, multiplié les revues académiques autoréférentielles, les recherches non reproductibles et remplacé le débat nuancé par l’activisme militant, le tout donnant progressivement forme à ce que Taguieff nomme le « gauchisme culturel académique contemporain ». Il y avait une question raciste, il y a désormais une question antiraciste car c’est un nouvel espace de l’extrémisme politique qui a progressivement imposé sa présence, via des groupuscules néo-progressistes identitaires et racialistes persuadés d’incarner le camp du Bien face à ce qui ne saurait être autre chose que le camp du Mal.

C’est aux États-Unis, dans les départements de littérature comparée des campus de la côté Est que les penseurs de la French theory sont devenus une arme néo-identitaire pour tout une frange de militants investissant les notions de race et de genre : théorie du postcolonialisme d’Edward Said (1978), théorie de l’intersectionnalité de Kimberlé Crenshaw (1989), théorie queer de Judith Butler (1990)…Une nouvelle « critique radicale » investissant les outils théoriques de la « déconstruction » - mais aussi les théories tiers-mondistes d’un Franz Fanon,...

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