cultureCrise Sanitaire

La Déraison sanitaire

06/02/2021

CRITIQUE. Docteur en philosophie, Alexandra Laignel-Lavastine propose dans son dernier ouvrage une prise de distance, pour essayer de rendre raison d’un climat manichéen. La Déraison sanitaire (éd. Le Bord de l’eau) est à ce titre une réflexion stimulante sur notre situation de crise.

La Déraison sanitaire

« Refuser le risque, mais jusqu’où ? Tenir la mort à distance, mais jusqu’à quand ? » Ces questions n’en font finalement qu’une seule qui pourrait résumer la thèse de cet ouvrage qui invite à prendre du recul pour penser notre situation sans précédent. L’auteur note d’ailleurs que paradoxalement, la grande originalité de la période que nous traversons ne vient pas tant de l’épidémie (l’humanité en a connu de nombreuses) que de la réponse apportée à cette dernière. Pour la première fois, des milliards d’humains ont été confinés en même temps sur la planète.

Notre situation ressemble quelque peu à des paradoxes imbriqués. Par exemple, l’auteur rappelle que les modèles statistico-mathématiques relatifs à l’émergence de contagions planétaires se sont multipliés dès les années 1990-2000. « L’imprévisible épidémie » était ainsi en vérité « archi-prévue ». L’écrivain Marc Weitzmann a esquissé une explication dans une intuition littéraire : « Serait-ce qu’à l’âge de l’information, qui valorise l’inédit, le prédit ou le connu se démonétiserait aussitôt émis ? »

Dans ce livre, Alexandra Laignel-Lavastine interroge le culte de la « vie nue » qui semble être le mot d’ordre de notre temps présent. La santé est en effet devenue notre dogme. Chez les Modernes, relevait déjà le philosophe Alain, la préservation de la santé a remplacé la quête du salut. Mais sommes-nous vraiment si sûrs d’avoir « choisi la vie » ? « Pour commencer, soyons honnête, nous n’avons rien choisi du tout. C’est l’enchaînement des événements qui a choisi pour nous », note la philosophe.

Nous avons su « privilégier la santé à l’économie », ce qui est évidemment une chose merveilleuse en soi, sauf à oublier que le jeu est à somme nulle, et qu’il n’y a gain d’un côté que s’il y a perte de l’autre. N’avons-nous pas...

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