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Le portillon

CHRONIQUE. Tout au long de l'été, notre camarade Jean-Paul Pelras nous incite, avec ces chroniques champêtres, à nous replonger dans ce flot de souvenirs qui font notre identité collective. Aujourd'hui, le grincement familier du portillon de bois et de fer forgé...

Le portillon

Evoquons aujourd’hui ces quatre planches montées sur des pentures forgées par un maréchal ferrant qui a, depuis longtemps, remisé marteaux et enclumes. Il s’agit bien sûr d’un portillon datant de plusieurs décennies construit par le grand-père, repeint des dizaines de fois et régulièrement rafistolé car exposé en permanence aux intempéries.

Sans ce sésame résolument champêtre, le potager ne serait pas digne de ce nom. Car, au-delà des limites qu’il suggère, le portillon invite à l’hospitalité. C’est sur lui que le jardinier s’appuie dans la lumière matinale pour discuter avec le voisin. C’est là que l’on pose le chapeau de paille ou le « rasclet » quand on s’absente quelques instants pour récupérer le courier. C’est encore sur lui que l’on compte pour dissuader le chien et le rôdeur mal intentionné.

Pour toutes ces raisons le portillon rassure. Et pourtant il ne ferme jamais à clé. Pas question en effet de lui imposer la moindre serrure. Un morceau de fil de fer suffit à le maintenir fermé. Autre détail non négligeable, le portillon grince. Il trahit l’arrivée de l’intrus ou signale celle du tonton qui passe, comme convenu, récupérer les plants de melons laissés près de l’arrosoir dans du papier journal mouillé.

A la pointe du jour, avant que le soleil tambourine et jusqu’à ce maudit matin où l’on ne l’entendra plus couiner, il donne des nouvelles de la mémé qui vient arroser la sucrine ou repiquer les fraisiers. Quand, loin de toutes considérations oniriques, chez nos anciens et quoi qu’on en dise, c’est la cause substantielle qui l’emportera toujours sur ladite « botte à nique » chère à Dubuffet.

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