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"Philosophie politique" de Bruno Guigue : liberté et modernité, de Machiavel à Marx

26/09/2021

ENTRETIEN. Chercheur en philosophie politique, Bruno Guigue publie Philosophie politique (éd. Delga), un ouvrage érudit avec un objectif clair, repenser historiquement et réadapter aux enjeux présents les grands concepts philosophiques : justice,  force,  liberté, ou encore politique et morale. Seconde partie de cet entretien fleuve : premières pensées autour de l'individu et de ce que doit recouvrir sa liberté, et philosophie de la modernité.

Première partie de l'entretien

"Philosophie politique" de Bruno Guigue : liberté et modernité, de Machiavel à Marx


Front populaire : La grande invention de la pensée moderne semble être l’« individu ». Est-ce une redéfinition de l’homme ?

Bruno Guigue : Ce n’est pas l’individu qui est une invention moderne, mais l’individualisme, c’est-à-dire une conception de l’homme qui ordonne la société aux exigences d’un individu auto-centré. Tandis que la société traditionnelle le soumettait aux impératifs de la vie commune, la société moderne s’aligne sur les revendications d’un individu porteur de droits, dont la logique existentielle reflète celle de rapports marchands en plein essor. C’est pourquoi la philosophie politique, à partir du XVIIe siècle, affirme les prérogatives d’un individu-substance pour en déduire, ensuite, les caractéristiques du pacte social. C’est ce tour de passe-passe qui marque la rupture avec le passé et inaugure la modernité libérale. Mais c’est aussi ce qui distingue la pensée occidentale de la pensée chinoise, par exemple, pour qui la coexistence précède l’existence, et l’individu n’est rien sans la société.

FP : La modernité, c’est aussi la grande introduction de la multitude et des rapports de forces au sein du champ politique. Comment s’est produite cette incursion ?

BG : Cette irruption de la multitude dans la pensée politique est liée à la crise des sociétés d’ordres héritée du Moyen-Âge, car cette crise favorise la recherche d’un nouveau fondement à l’action politique. Ce n’est pas un hasard si l’Italie de la Renaissance est le théâtre de cette révolution intellectuelle, avec Machiavel, et si elle se prolonge dans la Hollande bourgeoise du XVIIe siècle, avec Spinoza. L’idée essentielle, c’est la nécessité de l’adhésion populaire, l’idée que sans la force du peuple rien n’est possible. Car l’ordre politique n’est pas un ordre imposé de l’extérieur, mais le résultat des interactions entre les puissances individuelles qui, en se composant, deviennent puissance collective. Le droit qu’ont les détenteurs du...

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