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« Comme par hasard » : pourquoi les théories du complot ont autant de succès

CONTRIBUTION / OPINION. Perte de confiance envers les institutions, récit manichéen entre le bien et le mal, recherche d’explications… Comment expliquer le succès des théories du complot et comment appréhender ce phénomène avec nuance et sans mépris ?

/2023/06/complotisme-conspirationnisme


« Très probablement » provoqué par une fuite d’un laboratoire chinois : l’annonce en février dernier du rapport du FBI sur les origines de la pandémie de Covid-19 a laissé un goût amer. Et si, a posteriori, les complotistes avaient eu raison ? Car c’est bien l’explication qu’ils avaient en premier avancée — à la différence près qu’ils pensaient à une fuite volontaire et non accidentelle du virus. L’occasion de nous pencher sur les théories du complot qui semblent aujourd’hui gagner de plus en plus de terrain. Et ce, à mesure que la confiance dans les vérités officielles s’étiole.

Les théories du complot sont-elles vraiment plus nombreuses aujourd’hui ? Comment expliquer leur succès ? Comment les distinguer ? Pourquoi les brandit-on ? Et quel est le public cible ?


Premiers complots de l’histoire


Commençons par le début : qu’est-ce qu’une théorie du complot ? Selon Pierre-André Taguieff, auteur de Les théories du complot (éditions Humensis), c’est « un récit manichéen »« une lutte entre le bien et le mal » se joue et où les personnes ou les groupes en jeu sont considérés « comme des ennemis traités en bouc émissaire ». L’événement détonnant : qu’un événement imprévu survienne.

Ce serait mentir que de dire que les complots n’existent pas. Au contraire, l’histoire en regorge. Depuis la nuit des temps. Parmi les plus célèbres : la conjuration de Catilina en 62 av. J.-C, l’assassinat de César par Brutus, l’assassinat d’Étienne Marcel, d’Henri IV, l’attentat de Sarajevo, le complot des blouses blanches…. « Penser d’une façon conspirationniste, au sens fort du terme, c’est non pas croire que les complots existent, car ils n’ont jamais cessé d’exister, mais privilégier systématiquement l’hypothèse du complot, au point de voir des complots partout et croire qu’ils expliquent tout ou presque dans la marche du monde », explique Pierre-André Taguieff.

C’est bien le côté systématique qui compte ici. Ce que l’historien Richard...

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