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Il n’y a jamais eu de « couple franco-allemand » (partie 2)

07/11/2022

OPINION. Après avoir expliqué pourquoi le couple franco-allemand est une illusion historique, Roland Hureaux amorce des pistes pour se défaire du piège. La ligne d’horizon est simple : faire vraiment comme l’Allemagne…défendre nos intérêts !

Il n’y a jamais eu de « couple franco-allemand » (partie 2)


Au lieu de récriminer contre les Allemands et d’accumuler les rancœurs, il faut faire comme eux : défendre nos intérêts à tous les niveaux, particulièrement là où ils sont les plus menacés, au niveau stratégique.

D’abord en matière d’énergie. Comme nous n’avons pas les moyens de soustraire nos industries à la hausse des prix de l’énergie par des subventions massives, il nous faut mettre fin à toutes aberrations qu’a entrainées, tout le monde en est conscient, le marché unique européen. Cela veut dire que la France s’exonère sans délai des règles du marché européen de l’électricité, en particulier du prix unique européen et de l’alignement des prix de l’électricité sur celui du gaz. L’Espagne et le Portugal l’ont obtenu ; pourquoi pas nous ? La France a un bel avantage en matière nucléaire ; il est aujourd’hui en partie perdu du fait d’une incroyable négligence dans l’entretien qui a mis hors service 24 réacteurs sur 56. Cette négligence s’explique par le climat anti-nucléaire qui règne depuis 2012 du fait de la pression de Bruxelles (et par-derrière de Berlin) et des Verts et qui a conduit à un plan de démantèlement de nos centrales à l’horizon 2050, en vue de leur remplacement… par des éoliennes. Dans l’immédiat, il n’est pas d’autre choix que de réparer vite nos réacteurs, ce qui est possible à condition de recourir à la main-d’œuvre étrangère (car la compétence de nos techniciens s’est perdue !). Il faut supprimer l’absurde système qui oblige EDF à vendre à perte une partie de sa production à des entités artificielles purement financières, au nom de la libre concurrence. Avec l’allongement de durée de vie des centrales et donc des amortissements, une EDF reconstituée pourra vite rétablir ses comptes. Fessenheim qui à lui seul représentait 30 % de nos exportations électriques doit être réouverte. Il faut dire à cette occasion très clairement à l’Allemagne que, écologie ou pas, elle doit cesser de faire un travail de sape sournois à l’égard de l’énergie nucléaire française dont elle a longtemps profité.

Toujours l’énergie : il faudra bien un jour mettre le holà à l’escalade écologique folle, poussée par le Forum de Davos, le GIEC et la Commission européenne, tendant à promouvoir la voiture électrique, à faire disparaitre les carburants fossiles et à couvrir l’Europe d’éoliennes. Le Plan vert pour l’Europe qu’elle a inspirée, adopté le 22 juin 2022, est une catastrophe industrielle pour le continent. En matière de défense, la maison Dassault ne saurait être que soulagée si l’Allemagne renonce à l’avion du futur, projet dans lequel l’entreprise ne s’était engagée qu’à recoulons. Le Rafale est le meilleur avion de chasse du monde. Seule la pression politique américaine force, contre toute rationalité technique, la plupart de nos partenaires à lui préférer le F 35. Dassault doit garder ses secrets maison et préparer lui-même le successeur du Rafale, une entreprise de 20-25 ans qui est tout à fait dans ses capacités. La France doit veiller à garder le contrôle des entreprises en coopération, déjà évoquées, et, pour reconquérir son autonomie, être prête à substituer des productions nationales aux pièces détachées importées qui nous placent sous dépendance extérieure, y compris allemande.

Deux pays qui défendent leurs intérêts, ce ne sont pas, contrairement à ce que certains pensent, les prodromes d’une guerre, c’est l’assurance de reprendre une coopération saine sur une base réaliste, un langage que les Allemands ne peuvent que comprendre. Qui dit intérêts suppose que, à la différence d’idéaux fumeux, ils ne sont pas illimités ; cela implique que ces intérêts sont négociables. C’est là la vraie coopération dans le respect réciproque. La France doit en outre, dans la discrétion mais avec une inébranlable détermination conserver ses privilèges : sa place de membre permanent du Conseil de sécurité, sa force de dissuasion, son outre-mer. Elle aurait pour ce faire un allié naturel : la Russie qui, faute de pouvoir nous appuyer à court terme, doit pouvoir le faire à long terme.

Cette coopération saine fondée sur les intérêts toujours négociables est exposée à deux risques :

D’abord l’attitude des élites françaises, principalement industrielles : Villepin s’en est fait récemment l’écho en disant : il faut à tout prix sauver le « couple le franco-allemand ». Voilà bien un bon élève de Chirac ! C’était bien la peine de prendre avec emphase des postures gaulliennes à l’ONU en 2003 pour parler aujourd’hui comme Laval. Une telle attitude signifie in fine que la France accepte de faire des concessions sans contrepartie, comme elle l’a fait si souvent depuis 30 ans. Il n’y a pas d’autre raison au fait que les rapports entre les deux pays se soient progressivement dégradés. Hélas, cette attitude qui tend à recoller les morceaux à court terme est désastreuse à long terme, car elle amplifie les déséquilibres et accumule les rancœurs de part et d’autre. Ceux qui se réclament du traité franco-allemand De Gaulle-Adenauer de 1963 pour justifier cette attitude, ne se rendent pas compte qu’ils sont à l’opposé de l’idée que se faisait le général de la coopération franco-allemande laquelle, dans son esprit, ne pouvait être qu’égalitaire.

Cette attitude de la classe dirigeante est la principale faiblesse de la France dans son face-à-face avec l’Allemagne : pas l’économie, pas la finance, la trahison. L’autre risque est l’attitude des États-Unis. N’oublions pas ce que disait De Gaulle : dans toute fédération, il faut un fédérateur ; pour l’Union européenne, il est depuis l’origine, à Washington. Contrairement à que les Français pensent, ce n’est pas de Bruxelles que vient la contrainte de rester dans l’Union européenne, c’est de Washington. C’est Washington qui, après avoir fait entrer de force la Grèce dans la zone euro, a recollé les morceaux lors des crises grecques successives, obligeant l’Allemagne à des concessions contraires à son souci de rigueur budgétaire ; ce sont les États-Unis qui ont fait avaler à Berlin la couleuvre du quantitative easing dans la gestion de l’euro, seule alternative à son démantèlement mais porteur d’un risque d’inflation considérable, nous ne le voyons que trop aujourd’hui. La question monétaire est, pour cette raison, la seule qui ait échappé au contrôle de l’Allemagne depuis la création de l’euro. Elle a été tenue, contre son opinion publique, à accepter la gestion plus laxiste des pays latins (ou grecs), alors que, là encore, le but de l’euro était la stabilité des prix. Ce sont encore les États-Unis qui font pression pour empêcher l’édifice européen de se disloquer, bien qu’il fasse eau de toute part. Ce sont eux qui ont mis eu fil de ans presque tous les gouvernements européens, y compris le Français et l’Allemand, à leur botte. Si la France prenait trop nettement ses distances avec l’Allemagne, ce sont les États-Unis qui tenteront par tous les moyens de la faire rentrer dans le rang. Il faudra résister.

Il n’y a pas d’Europe indépendante si elle n’est pas unie. Mais il n’est pas de véritable union si chacun ne défend pas ses intérêts.

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