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Les sots de Marie-Jeanne

09/07/2022

OPINION. Pour les enseignants, il est parfois compliqué de savoir jongler entre autorité et gentillesse. Désormais directeur d’école, notre lecteur nous en parle dans une anecdote aussi amusante qu’instructive.

Les sots de Marie-Jeanne


Nous étions en première, sûrement la meilleure année du lycée et de cette époque-là, vers la fin des années 80. Nous avions bien sûr été pénibles, comme souvent à cet âge-là, mais nous savions respecter la personne. Le professeur pouvait être un peu malmené dans son autorité, dans la nature de son cours, parfois critiqué, car franchement inintéressant, mais jamais nous ne lui manquions de respect personnellement. Les grands ados que nous étions contestaient, mais ne déclamaient pas qu’ils voulaient faire la loi, et ne s’octroyaient pas de droit inventé de nulle part.

Un moment de vie sympathique pendant cette première me revient en mémoire assez souvent quand j’entends des informations déplorables sur les rapports entre les professeurs et les élèves. Parfois, certains pensent même avoir tout inventé, que les profs pénibles sont une innovation de notre XXIe siècle, et que les lycéens réagissent toujours de la même façon… bref que ce n’est pas eux le problème.

Cette année en histoire/géographie nous avions une enseignante que je nommerai de son prénom Marie-Jeanne, même si personne ne se permettait cette familiarité. Mais je tiens à respecter une forme de discrétion. Très vite, en début d’année, cette professeure qui par ailleurs avait de grandes qualités, nous affublait de noms pas toujours sympathiques à entendre et se permettait des réflexions aujourd’hui sujettes à de grandes contestations. Nous étions tour à tour des clafoutis, desséchés, des bougies éteintes et bien sûr des pigeons sans cervelle. Les grimaces et autres invectives tombaient régulièrement, nous ordonnant de nous secouer le popotin et de nous éclairer un peu le cerveau.

Toutes ces joyeusetés se renouvelaient au gré des contrôles et des exposés oraux que nous devions faire. Plusieurs contestations et agacements de certains d’entre nous n’y avaient rien changé. Et puis, un beau matin, dans un moment libre entre deux cours, je décidai avec l’autre délégué de la classe de faire quelque chose d’un peu original… Nous nous sommes renseignés sur la date anniversaire de Marie-Jeanne et commencions à chercher une idée. Quand pour la millionième fois elle se plaignit de n’avoir rien pour nettoyer le tableau, j’ai eu l’image dans ma tête.

Nous lui avons offert le jour venu un seau en plastique et une éponge. Nous avions pris le soin de signer un papier avec nos prénoms et d’écrire comme titre « Les sots de Marie-Jeanne », que nous avons plastifié et collé autour du seau. Quelle réaction de cette professeure, que nous n’avions jamais vue, ni même imaginé aussi émue ! Et très touchée, elle a nettement modifié son approche de la classe, le reste de l’année s’est déroulé sous de bien meilleurs auspices. Presque bienveillante, plus jamais médisante. Le seul regret que nous pouvions formuler était que nous étions déjà au printemps, la mémoire me manque pour être précis, mais je crois fin mars ou début avril. N’aurait-elle pas pu naître à la fin de l’automne ou au début de l’hiver ? Mais de cela, pouvons-nous lui en vouloir ?

Je garde un excellent souvenir de cette année de lycée et de Marie-Jeanne en particulier. Et j’ai choisi de faire des études en géographie, donc pas le moins du monde traumatisé. Mais il est vrai qu’à l’époque nous n’étions pas en sucre.

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