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L’« orthoshaming » : la nouvelle discrimination à la mode

07/12/2020

ARTICLE. Les réseaux sociaux sont les nouvelles agoras contemporaines où le pire côtoie le meilleur, c’est entendu. Depuis quelques jours, une nouvelle discrimination y a fleuri pour venir épaissir un peu plus le grand dictionnaire des déshérités imaginaires : l’orthoshaming.

L’« orthoshaming » : la nouvelle discrimination à la mode

Cette « pratique » consisterait à « attaquer » autrui en lui faisant remarquer qu’il a fait telle ou telle faute d’orthographe. « Un comportement nauséabond mais fréquent sur les réseaux sociaux », selon la journaliste lifestyle Wassila Djellouli. Et d’ajouter : « Une attitude qui manque cruellement d’empathie ». L’éternelle victimisation consistant à se mettre par avance à l’abri (les « safe space » sont à la mode) d’un monde commun auquel prétendent de fait échapper ces nouveaux enfants rois de l’époque.

Lorsque les internautes ne font pas preuve de bienveillance à leur égard, en leur rapportant leurs fautes d’orthographe, certaines instagrameuses se sentent « blessées ». Une « atteinte à la confiance personnelle », selon la journaliste. On croit rêver. Un panneau avec une citation circule d’ailleurs fréquemment sur les réseaux sociaux pour lutter contre l’orthoshaming : « Je préfèrerai toujours les gens qui s’expriment en faisant des fautes d’orthographe à ceux qui les jugent en faisant des fautes d’humanité. »Michel Audiard aurait appelé cela une « synthèse ». En l’occurrence, de ridicule et de mièvrerie.

Le sujet pourrait paraître anecdotique voire passablement dérisoire, mais il ne l’est pas. Si la conception - selon laquelle corriger les fautes d’orthographe des autres relèverait de la « faute d’humanité » - continue à progresser petit à petit dans l’opinion, il en sera fini à terme de la langue commune, et de tout monde commun possible. La langue partagée est le creuset fondamental de la nation française, et ce n’est pas un hasard si la République (dite « une et indivisible ») s’est forgée contre les langues régionales.

Le langage commun est le socle de la citoyenneté, en tant qu’il rend possible l’échange, de la politesse élémentaire aux discussions les plus pointues. Le grand juriste Alain Supiot...

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