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"Coco des urgences", une vie pour l’hôpital"

En 2019, lors de la grève nationale dans les hôpitaux, un groupe d’aides-soignants et d’infirmiers fut à l’avant-garde du mouvement : le Collectif inter urgences (CIU). Barbara Lefebvre a rencontré l’une de ses fondatrices, Corinne, dite « Coco », infatigable porte-voix des « paramédics », ces petites mains de la médecine sans qui la santé publique serait un vain mot.

"Coco des urgences", une vie pour l’hôpital"


Au service des urgences de l’hôpital Saint-Louis à Paris, la moyenne d’âge des soignants n’est pas très élevée. Nombreux sont les anciens qui sont partis à la retraite ou dans le privé, sans oublier les reconversions professionnelles pour cause de découragement, de plus en plus fréquentes. Ceux encore présents sont épuisés. Épuisés par la désorganisation administrative savamment orchestrée par une direction de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (APHP) aux ordres. Par la politique de rentabilisation des soins qui a été imaginée dans d’onéreux cabinets de conseil au service du gouvernement. Par des salaires indécents et des horaires incompatibles avec une vie de famille, surtout quand vous habitez à plus d’une heure de transport. Par la perte de sens du métier, car il est demandé désormais aux soignants de se concentrer sur leurs gestes techniques au détriment des rapports humains, des regards, des conversations ou des gestes d’apaisement qui, pourtant, contribuent eux aussi à la guérison.

Mais s’il ne devait en rester qu’une, ce serait elle. Et d’ailleurs, c’est elle : Corinne, que tout le monde appelle « Coco des urgences ». À bientôt deux ans de la retraite, entrée à l’APHP il y a trente-cinq ans, elle a tout vu de la dégringolade de notre système de santé publique. Longtemps, on n’a écouté que les médecins lanceurs d’alerte (dont la voix était étouffée par les mandarins, parfois de mèche avec la direction ou les ministres, pour qui tout allait bien). Les infirmiers et les aides-soignants, ceux que l’on appelle les paramédicaux, n’avaient pas accès aux médias, et même ceux qui militaient au sein des syndicats se faisaient difficilement entendre par leur hiérarchie. Jusqu’à ce que le Collectif inter urgences (CIU) voie le jour fin 2018 et décide de ruer dans les brancards, avec, à sa tête, des infirmiers et...

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