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Ébauche d'un Panthéon littéraire national

Faire écho à nos analyses, commentaires ou propositions, faire vivre la littérature, les essais, à travers une sélection subjective de livres, c’est l’ambition de la rubrique de Frank Lanot. Et toujours se souvenir que l’art de lire, c’est l’art de penser avec un peu d’aide.

Ébauche d'un Panthéon littéraire national


CORNEILLE, héroïque et politique

On l’appelle le « Grand Corneille », et on a parfaitement raison. Sacré bonhomme que ce juriste né dans la Normandie, qui parlait l’alexandrin comme une langue maternelle. Ouvrez, dans l’alignement de ses œuvres complètes, une page au hasard, et lisez. C’est Camille, c’est Polyeucte, c’est Don Diègue : peu importe, le même phrasé court au long des vers, les balancements succèdent aux parallélismes, les figures s’enchaînent et s’engendrent à plaisir. On entend de la force et de la bravoure, on côtoie le précipice des sentiments élevés, des actions nobles, tranchant net avec la vilenie des médiocres et la bassesse des indignes.

Nous sommes à la jointure du règne de Louis le Juste et du siècle de Louis le Grand : Corneille débute dans la comédie, et se mue en auteur tragique. Il aurait pu faire carrière dans les prétoires et les cours de justice : mais quel dommage c’eût été de réserver la puissance de ses plaidoiries, la fureur de ses réquisitoires, la finesse de ses diatribes à un peloton frileux de magistrats assoupis ! Du théâtre du palais à celui de la scène, il n’y a qu’un saut : Corneille fait parler ses personnages comme on plaide. On le sait : écrire, c’est toujours porter plainte, et, sans cesse, régler des comptes. Ainsi fait Corneille, quand il compose ses tragédies où tout est affaire de mots et de sentences, de phrases-verdicts et de maximes-couperets.

J’aime ces pièces qui m’emportent comme au tribunal, où la joute est féroce, les affrontements brillants, et l’issue brutale. Les partis en présence ont de l’allure et pétillent d’esprit : grands du royaume, nobles romains, seigneurs de haut lignage. Le nœud de l’intrigue est tressé serré, qu’il faudra trancher : on a même fini par forger l’adjectif cornélien, pour désigner...

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