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Le patrimoine sensoriel des campagnes en voie de disparition : et si la ville devenait ferme ?

16/06/2021

OPINION. Fin janvier, une proposition de loi destinée à protéger le « patrimoine sensoriel » des campagnes a été adoptée, en réponse aux nombreux litiges de voisinage. Dans ce texte décalé, notre abonné propose d’inverser la situation. Il n’est plus question du chant du coq Maurice. Cette fois-ci, c’est la campagne qui impose son mode de vie à la ville.

Le patrimoine sensoriel des campagnes en voie de disparition : et si la ville devenait ferme ?

Le verdict est tombé hier au tribunal du XIIe arrondissement de Paris. Sephora va devoir fermer son établissement Boulevard Haussmann dans la capitale. Cette grande enseigne s'est retrouvée démunie lorsque Gaspard et Huguette, deux agriculteurs de l'Aveyron, ont décidé de porter plainte pour « agression lumineuse nocturne ».

En effet, le couple en vacances pour quelques jours dans la ville lumière occupait un hôtel juste en face de l'établissement de la fameuse marque de parfum. Les deux quinquagénaires se seraient très vite retrouvés mal à l'aise et incapables de dormir à cause de la lumière de l'enseigne en parfait alignement avec l'interstice des rideaux de leur chambre. Huguette commencera d'abord par se plaindre du manque de sommeil et du mal de tête qui l'oblige à rester au lit. Puis, le bruit des scooters se faufilant à toute berzingue entre les voitures les klaxonnant, aura raison de leur repos. Impossible de profiter des grandes avenues. Le couple tente de se consoler en observant les environs depuis leurs fenêtres. Leurs regards aux paupières lourdes tombent fatalement... sur Sephora. Trop c'est trop pour Gaspard, que même le doux bruit de sa boîte à meuh ne saura apaiser. Il décide de porter l'affaire devant la justice.

C'est alors que s'en suivra pendant deux semaines la tant décriée affaire Sephora. Les avocats de l'entreprise se verront dos au mur lorsque le couple provincial présentera sa plaidoirie implacable : manquement économique et écologique pour lumière en pleine nuit, non respect du rapport béton/verdure pour une surface de plus de 500m², manquement à l'effort de préservation de la diversité animale, etc.

Chaque argument tranche comme un rasoir. Sephora Corporation se verra dans l'obligation de rembourser l'intégralité du déplacement de Gaspard et Huguette, de raser son établissement du grand boulevard et finalement de participer au financement d'un élevage...

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