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Les provinces de France méritent de retrouver leur place dans la nation

03/10/2020

DÉBATS. Longtemps, la République jacobine voulut débarrasser la France de ses identités régionales. Et, pourtant, notre nation n’est-elle pas riche de ses provinces ? Thibault Isabel plaide pour un patriotisme qui redonne toute leur place aux régions. Ce texte s’inscrit dans la lignée du deuxième numéro de notre revue consacré à l’État profond.

Les provinces de France méritent de retrouver leur place dans la nation

Dans l’Hexagone, la guerre entre l’État et les régions remonte à loin. Sans même aller jusqu’à évoquer la répression de la Fronde et l’instauration de la monarchie d’Ancien Régime par Louis XIV, c’est surtout le jacobinisme post-révolution­naire qui a renforcé ces tensions. La stigma­tisation des provinces, jugées ringardes et dépassées, a pro­voqué chez nombre de militants régionalistes un rejet viscéral de la capitale parisienne et de ses institutions. Les identités régionales se définissent alors contre l’identité natio­nale, d’une manière presque irréconciliable.

Notre pays compte d’innombrables partis et mouvements d’émancipation, que ce soit en métropole (comme au Pays Basque), en méditerranée (comme en Corse) ou dans l’outre-mer (comme en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie). Depuis la fin du XIXesiècle, la Bretagne a joué un rôle moteur dans ces révoltes, de Lemercier d’Erm à Olier Mordrel et Fransez Debauvais, sans oublier le PNB, Breiz Atao, Stur, etc. Les partis régionalistes et indépendantistes alsaciens furent particu­lièrement actifs dans les années 1920-1930 (Ricklin, Wagner, Bilger, etc.), et l’on pourrait évoquer aussi le puissant mouve­ment occitan, le Félibrige provençal ou les Flamands de France. Aux yeux du grand public, tous les régionalistes ont à peu près les mêmes revendications, en dehors de leur position­nement à gauche ou à droite. Mais il existe en réalité deux sortes de mouvements : les autonomistes et les indépen­dan­tistes. Or, chacun de ces courants s’appuie sur un modèle poli­tique très différent.

L’autonomie contre l’indépendance

L’indépendantiste souhaite obtenir la souveraineté com­plète de sa région, pour en faire une nation à part entière. Peu importe d’ailleurs l’étendue du territoire concerné : il s’agit souvent d’une province, mais de simples communes pouvaient autrefois se transformer en principautés, comme Monaco, en 1524, qui s’était séparé du Saint-Empire romain germanique après s’être placé sous protectorat espagnol. Même des pays de grande taille sont animés de velléités...

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