Michel OnfrayEdito

Cerveau de méduse et cerveau d'acier

L'édito de Michel Onfray.

EDITO-MO-24


Nous sommes notre cerveau, et rien d’autre. On connaît l’histoire du bateau de Thésée : fiers des exploits du meurtrier du Minotaure, les Grecs conservaient le bateau qui l’avait ramené chez lui. Plutarque raconte l’histoire dans ses Vies des hommes illustres : « Le navire à trente rames sur lequel Thésée s’était embarqué avec les jeunes enfants, et qui le ramena heureusement à Athènes, fut conservé par les Athéniens jusqu’au temps de Démétrius de Phalère. Ils en ôtaient les pièces de bois, à mesure qu’elles vieillissaient, et ils les remplaçaient par des pièces neuves, solidement enchâssées. Aussi les philosophes, dans leurs disputes sur la nature des choses qui s’augmentent, citent-ils ce navire comme un exemple de doute, et soutiennent-ils, les uns qu’il reste le même, les autres qu’il ne reste pas le même. »

Nous pouvons extrapoler cette expérience de pensée : quels organes peut-on ôter d’un être sans qu’il cesse d’être semblable à lui-même, sans que disparaisse son identité ? On peut perdre une phalange des phalanges, un doigt des doigts, udne main deux mains, un pied deux pieds, un bras deux bras, une jambe deux jambes. On peut perdre aussi un œil deux yeux, une oreille deux oreilles, le nez ; on continue tout de même de voir quand on est borgne ou de vivre quand on est aveugle, ou sourd, ou anosmique. Chacun comprend qu’on peut perdre beaucoup d’organes non vitaux et rester le même.

Couper des ongles ou des cheveux n’entame en rien l’identité d’un sujet. Pas plus qu’en se lavant pour se débarrasser des desquamations sous l’eau de la douche. Ni même en se mouchant ou en pleurant. Ni en se vidant de son urine ou de ses excréments ou, en cas de vomissement, de son bol alimentaire. Ou en excrétant sa sueur ou en crachant sa salive. Platon se posait...

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