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Le mythe du « couple franco-allemand » : entretien avec Jacques Sapir et Pierre-Yves Rougeyron

Depuis des décennies, la fiction du « couple franco-allemand » est entretenue par la sphère politico-médiatique française. La notion fait pourtant sourire y compris et surtout en Allemagne ! En s’accrochant à cette chimère, les élites françaises ont acté une partie du déclin français en Europe. La question est de savoir pourquoi et comment.

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F.P. : La question de « l’amitié franco-allemande » s’est posée à partir des années 1950 et de la création de la CECA jusqu’à son officialisation par le traité de l’Élysée de 1963. N’était-il pas compréhensible de vouloir entériner la paix avec un ennemi déclaré depuis 1870 ?

Jacques Sapir : Notre image des relations franco-allemandes est largement déterminée par la défaite de 1870 et par ses suites. Mais, au XVIIIe siècle, c’était plutôt les habitants des diverses principautés allemandes qui auraient eu à se plaindre de la « grande nation ». Que l’on se souvienne des armées de Louis XIV dans le Palatinat. Et c’est un fait que dans le processus de constitution de la Nation française, nous avons eu assez souvent tendance à nous essuyer les pieds sur les principautés allemandes. Avant 1840 et le début du nationalisme allemand, la France est perçue comme un pays où l’on travaille beaucoup, où l’on est assez triste, industrieux, militariste (merci Napoléon) tandis que les Allemands, eux, sont des romantiques, aimant la nature et la philosophie… Nous avons eu aussi la réputation d’être un pays de cocagne (voir l’expression « être heureux comme Dieu en France »). Je fais ce petit rappel des images réciproques pour que l’on comprenne qu’il...

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