Michel OnfrayEdito

Éthologie de la soumission

L'édito de Michel Onfray

EDITO-MO-25


Dans la forêt de Gouffern, non loin de mon village natal dans l’Orne, le brame du cerf est un spectacle contemporain des forêts de l’humanité primitive. Sous la futaie, le corps massif planté dans l’humus forestier, le cou tendu vers le ciel, la gueule ouverte d’où sort l’ineffable cri que personne ne peut imaginer s’il ne l’a entendu, le cerf s’adresse au cosmos avec son langage : celui des cycles et des rythmes, de l’élan vital et de l’instinct génésique, de la volonté de puissance et du marquage de territoire. C’est celui du sexe, du sang et de la mort. Du suint, du sperme et de la sueur. Dans cette cantate primitive se jouent la vie et la survie de l’espèce : le mâle appelle la femelle pour copuler avec elle afin d’assurer la descendance de l’espèce. Point d’amour dans ce rut primitif – pléonasme...

Schopenhauer écrit dans sa Métaphysique de l’amour que tout ce que les humains nomment amour cache la vieille ritournelle de la testostérone, sa tyrannie. Le bouc qui chevauche la chèvre, voilà la signification de la sérénade de Roméo sous le balcon de Juliette. La mandoline et les quatrains à rimes embrassées du poème de la Renaissance dissimulent le brame de Roméo que seule Juliette entend au moment où le mâle féconde la femelle en se faisant l’idiot utile de la loi de l’espèce. Si Roméo et Juliette n’avaient pas été unis par la mort qui fonde leur histoire d’amour, ils auraient été séparés par les couches et les biberons de leurs progénitures. L’espèce a ses raisons que la raison ne connaît point.

L’éthologie aurait dû mettre par terre toute métaphysique. Darwin rend en effet caduque toute la philosophie idéaliste, spiritualiste, disons : platonicienne, de notre Occident.

Quand Socrate sodomise Charmide, Euthydème, Phèdre, Agathon parmi tant d’autres noms éponymes...

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