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Laurent Ottavi : « Le populisme de Lasch n’est ni progressiste ni réactionnaire »

ENTRETIEN. Journaliste indépendant collaborant à diverses rédactions (Marianne, Élucid, Réforme, Aleteïa) et essayiste, Laurent Ottavi livre son premier essai : Christopher Lasch face au progrès(éd. L’escargot) une vulgarisation de l’œuvre du sociologue populiste américain actualisée aux enjeux d’aujourd’hui.

Laurent Ottavi : « Le populisme de Lasch n’est ni progressiste ni réactionnaire »


FP : L’œuvre de Lasch est traversée par une critique de l’idéologie du Progrès. Pour le sociologue, elle est la « philosophie politique du capitalisme ». Cela peut paraître contre-intuitif. Comment justifie-t-il ce lien de parenté intellectuelle ?

LO : Lasch estime qu’au moins en Angleterre et aux États-Unis, les Lumières françaises, trop utopiques, ne jouèrent qu’un rôle minime dans la genèse de l’idéologie du Progrès. Elle est née d’après lui des Lumières écossaises et de la science de l’économie politique du XVIIIème siècle, c’est-à-dire dans les travaux d’Adam Smith et de ses immédiats prédécesseurs David Hume et Bernard de Mandeville, les pères du libéralisme moderne. Philosophie politique du capitalisme, ce dernier repose sur une promesse d’abondance et de jouissance destinée à s’accomplir ici-bas. Les désirs humains, tenus pour insatiables, apporteraient le bien et la richesse à tous car, selon Mandeville, « les vices privés font les vertus publiques ». L’envie, la cupidité et la vanité seraient assouvies par la hausse illimitée de la production, c’est-à-dire la croissance. Elles stimuleraient l’inventivité, les richesses, de nouveaux emplois, des standards de confort matériels sans cesse rehaussés. La promesse, pour s’accomplir, demande la centralisation de la production et de l’administration, la division du travail et une surexploitation des ressources naturelles. Elle requiert de se dégager des autorités, et plus généralement des contraintes extérieures.

L’émancipation est donc comprise comme un déracinement, un affranchissement des limites inhérentes aux communautés (famille, quartier, Église) aux traditions, à la nature, aux lieux, à la morale et aux religions. L’individu serait alors le maître absolu de son destin : un être affranchi du tragique de sa condition. D’autre part, la science moderne sur laquelle prend modèle le libéralisme moderne accumule des connaissances appelées à être invalidées par d’autres plus pointues, ignorant de fait les concepts de déclin et de décadence. L’idéologie du Progrès se double, par conséquent, d’une rupture...

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