IdéesFront Populaire n°24FPContenu payant

La religion de l'enfance

L’enfant-roi ne vient pas de nulle part et le culte infantocratique mérite d’être interrogé, car il n’a pas toujours eu le statut d’évidence triomphale. Du puritanisme à Disneyland, l’auteur propose une mise à nu généalogique de la religion de l’enfance.

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« Si vous ne devenez comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Matthieu 18, 3). Rarement une parole du Christ n’aura été si souvent invoquée… au point de la vider complètement de sa substance. Devenir enfant de Dieu ne signifie ni revenir en arrière ni sacraliser l’enfance, encore moins confondre l’enfance spirituelle avec un âge biologique. La mystique chrétienne invite plutôt à une nouvelle naissance, de l’homme ancien à l’homme nouveau ; nouvelle naissance qui repose sur l’adhésion à la grâce, l’abandon confiant et la reconnaissance de sa propre finitude dans une rencontre vivante avec Dieu. Or, la modernité a gribouillé cette parole pour en faire l’Alpha et l’Omega de son temps : l’enfant sans tache, l’enfant de chœur à qui l’on donnerait « le bon Dieu sans confession ».

Le christianisme n’a pourtant jamais fondé une religion de l’enfance. Saint Paul est sans ambiguïté : « Quand j’étais enfant, je pensais comme un enfant ; lorsque je suis devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. » (1 Co. 13, 11) Plus significatifs encore, les Évangiles observent un silence presque total sur l’enfance du Christ. Hormis la Nativité et l’épisode du Temple, rien. Ce silence n’est ni un oubli ni une lacune : il constitue un choix théologique majeur. À l’évidence, le salut ne passe pas par la régression infantile, mais par la parole, l’épreuve, la confrontation au mal jusque dans l’épisode de la Passion. Enfin, l’Épiphanie vient rappeler que le nourrisson est appelé à croître, cette poussée exprimant tout le mystère de la charité. Les textes apocryphes, au contraire, foisonnent de récits d’une enfance prodigieuse : Jésus y apparaît thaumaturge, soudainement colérique puis meurtrier. L’Église a explicitement rejeté ces récits, non seulement pour leur incohérence doctrinale, mais parce qu’ils introduisent une confusion radicale : celle d’une innocence confondue avec la toute-puissance. L’enfant-magicien...

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