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« Les élites françaises de gauche sont parmi les plus mondialistes » : entretien avec Aquilino Morelle

Quelle est la responsabilité des élites dans la dilution de la France au sein du projet fédéraliste européen ? Grande, selon Aquilino Morelle, qui nous propose, tel Virgile guidant Dante aux Enfers, une plongée labyrinthique dans l’histoire de la construction européenne.

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F.P. : On connaît le discours officiel sur l’humanisme flamboyant des pères de l’UE et sur ce projet « ex nihilo » d’Europe nouvelle à unifier, né du sentiment d’urgence d’après-guerre et d’un romantique « plus jamais ça ». La réalité historique est-elle autant flamboyante ?

Aquilino Morelle : Non, en effet, et il s’agit là d’une réalité historique, politique, philosophique et humaine souvent méconnue et délibérément occultée, car elle vient contredire la vision idyllique et irénique d’une « construction européenne » portée par l’idée du Bien.

Né de la Première Guerre mondiale et de ses massacres de masse, l’européisme – ce courant de pensée plaçant l’édification d’une « Europe unie » au-dessus de toute autre considération politique et que baptisa par ce néologisme Jules Romains en 1915 – a attiré à lui, entre les deux guerres mondiales, un nombre grandissant d’intellectuels rejetant le nationalisme, bien entendu, mais aussi le libéralisme et le marxisme, séduits qu’ils furent par le mélange d’internationalisme, de pacifisme, de continentalisme, de rationalisme organisateur et de saint-simonisme, d’humanisme personnaliste aussi, que représentait cette perspective alors nouvelle, cherchant certes à construire une Europe unie, mais, au-delà, à répondre à la crise spirituelle que traversait alors la civilisation européenne. Démarche à la fois politique et éthique, l’européisme a vite pris un caractère absolu et est même devenu un idéal mystique pour ses tenants. Se mêlèrent ainsi dans la même bataille des personnalités de sensibilités politiques diverses – socialistes, monarchistes, chrétiens, radicaux –, privilégiant leur engagement européiste sur tout autre, celui-ci transcendant toutes les croyances et les convictions politiques classiques.

L’européisme a en effet vocation à accueillir en son sein tous « les hommes de bonne volonté », dès qu’ils se montrent capables de dépasser leurs partis pris et de comprendre la justesse de cette cause supérieure. Malheureusement, le caractère supposément « supérieur » de cette cause a conduit nombre de ses adeptes, et...

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