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Comment l'euro "m'a tuer"

C’est l’histoire d’un enfant du siècle dernier. Issu d’une famille arménienne, né en France pendant la guerre, assimilé au point de présider aux destinées d’une marque qui porte son nom, Stephane Kélian (né Edmond-Stephane Kéloglanian) a tout connu : le travail à la dure, les heures qu’on ne compte pas, le succès, puis les premières difficultés avec les traités de libre-échange, l’euro et les distorsions de concurrence. Son témoignage particulier est celui d’une faillite collective.

Comment l'euro "m'a tuer"

Quelle engueulade à la maison quand j’ai annoncé à mes parents que je voulais prendre ma carte au Parti communiste ! « N’oublie pas que nous sommes des immigrés arméniens, apatrides ; alors on ne se fait pas remarquer, on se tait et on travaille ! » m’a crié mon père.

J’avais dix-sept ans... Marx et le manifeste du Parti communiste m’avaient conquis et au lycée, mon prof de français, membre du parti, m’a donné la meilleure note pour ma dissertation dans laquelle je citais Maurice Thorez après la lecture de L’Humanité.

Rescapés du génocide arménien, originaires de Malatia en Anatolie orientale, arrivés en France en 1925, mes parents se sont mariés puis installés à Romans-sur-Isère où la demande en main-d’œuvre était abondante. Papa travaillait dans une usine de chaussures comme manœuvre (son métier au pays était le travail du cuivre) et maman dans une chapellerie célèbre à l’époque : les chapeaux Mossant.

Mon père a été orphelin très jeune et élevé dans une famille turque. Quand Michel Onfray écrit que son père était l’être le plus stoïcien qu’il ait connu, cela me rappelle le mien. Nous étions trois frères. Georges, l’aîné, et Gérard, le cadet. Ils avaient respectivement douze et neuf ans de plus que moi. À ma naissance en 1942, j’étais l’enfant roi, mon arrivée ayant permis à mon père d’être dispensé du STO.

Nous vivions dans les quartiers populaires de la basse ville. Notre condition sociale était celle des ouvriers pauvres mais nous étions bien acceptés par nos voisins français car les salaires de papa et maman, puis ceux de mes frères, nous permettaient d’être considérés par le boucher et l’épicière. Après les humiliations et les massacres du génocide, mes parents avaient enfin retrouvé leur dignité. Le racisme s’exprimait parfois cependant. C’est ainsi qu’ayant le statut de réfugiés arméniens, maman devait se présenter régulièrement au commissariat de

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