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Effondrement de l’école et conditions de sa reconstruction

Notre école, peuplée d’enseignants dévalués, est devenue une usine à produire du consentement, des idées toutes faites imbibées de novlangue progressiste et des cervelles programmées pour consommer. Pourtant, lieu d’apprentissage de la liberté par les savoirs, l’école reste le début et la finalité de toute ambition de restauration de notre souveraineté. Comment faire alors pour la réévaluer ? Barbara Lefebvre avance quelques pistes pour penser l’école du monde d’après.

Effondrement de l’école et conditions de sa reconstruction

Charles Péguy écrivait en 1913 : « Nous avons connu un peuple que l’on ne reverra jamais. » Nous pourrions dire : « Nous avons connu une école que l’on ne reverra jamais. » Péguy, qui avait connu l’école de la République émancipatrice et intellectuellement exigeante de la fin du XIXe siècle décelait, à peine trois décennies plus tard, les germes destructeurs qui conduiraient à sa lente déliquescence : l’intrusion de l’idéologie politique dans l’enseignement, l’instrumentalisation de l’institution scolaire pour mieux dompter et manipuler le peuple souverain. Au nom du progrès et d’un scientisme asséchant, on promit aux citoyens de toutes classes sociales une libération qui fit longtemps illusion jusqu’à ce que la massification scolaire vienne démontrer qu’elle était une aliénation douce. Alors que l’ambition de l’école républicaine était articulée autour de deux axes : instruire l’individu et former un collectif national, l’école postmoderne, qui s’est développée à partir du milieu des années 1980, a tourné le dos à ce projet.

Avec l’habileté si caractéristique du progressisme élitaire ayant fait ses classes dans le marketing publicitaire américain des années 1930-1950, le langage institutionnel a continué de se réclamer de l’école des premières décennies de la IIIe République. L’effet hypnotique de cette illusion a produit son effet sur les citoyens, au moins jusqu’au milieu des années 2000. Ceux d’entre eux qui, dès le début des années 1980, avaient alerté sur la baisse du niveau ont été accusés d’être des rabat-joie pessimistes, des antimodernes si peu de leur temps. Ainsi, dans ce numéro du Point du 6 novembre 1978 dont la une titrait « Nos enfants en savent-ils plus que nous ? », le dossier incitait à répondre par l’affirmative. Les enseignants et les parents signalant déjà une baisse du niveau se révélaient aveuglés par leur subjectivité : « la perversité du concept de niveau n’est que l’image de notre adolescence » ; encore un

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