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Immigration : quelle intégration ?

01/03/2021

Le philosophe Emmanuel Kant distingue dans son Projet de paix perpétuelle (1795) le « droit de visite » et le « droit de résidence », tous deux forts différents dans leurs conditions et leurs conséquences. Accorder l'un n'implique pas que l'on accorde l'autre. Pourquoi ? Tout simplement parce que les implications pratiques ne sont pas du tout les mêmes.

Immigration : quelle intégration ?

En 1935, Paul Valéry soulignait la diversité de la population française. « Le fait fondamental pour la formation de la France a donc été la présence et le mélange sur son territoire d’une quantité remarquable d’éléments ethniques différents. Toutes les nations d’Europe sont composées, et il n’y a peut-être aucune d'elles dans laquelle une seule langue soit parlée. Mais il n’en est, je crois, aucune dont la formule ethnique et linguistique soit aussi riche que celle de la France. Celle-ci a trouvé son individualité singulière dans le phénomène complexe des échanges internes, des alliances individuelles qui se sont produits en elle entre tant de sangs et de complexions différents. » (Regards sur le monde actuel)

Déjà, à l'époque, apparaissait le caractère fantasmatique de la notion de « Français de souche », catégorie de plus en plus improbable dans une population marquée par des vagues d'immigration distinctes. Valéry se contentait de pointer un fait, qu'il ne jugeait pas négativement. Il refusait tout ce qui pourrait faire naître la peur, voire la haine qui en découle sur des bases totalement irrationnelles. Pendant la Première Guerre mondiale, les immigrés espagnols, portugais et polonais, entre autres, n'avaient-ils pas fait tourner les usines pendant que tous les Français en âge de combattre étaient sur le front ? Plus tard, sous l'occupation nazie, des immigrés communistes comme Missak Manouchian n'ont pas hésité à prendre les armes pour défendre leur nouvelle patrie, comme l'ont fait des républicains espagnols exilés après la victoire de Francisco Franco, aidé par Adolf Hitler et Benito Mussolini. Louis Aragon leur rend hommage à deux reprises. Il rappelle qu'un chant révolutionnaire français (L'Internationale) peut relayer sans contradiction un chant patriotique français (La Marseillaise) :

« Une autre chanson
française
À ses lèvres est montée
Finissant La Marseillaise
Pour toute l'humanité. »

(Ballade de...

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