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La démocratie athénienne, vérités et légendes

ENTRETIEN. Dans son dernier essai, Michel De Jaeghere montre que les règles et pratiques politiques en vigueur dans les sociétés occidentales contemporaines se distinguent nettement, par l’individualisme qui les sous-tend, du système inventé par les Grecs il y a 2500 ans.

Propos recueillis par Maxime Le Nagard

La démocratie athénienne, vérités et légendes


F.P. : S’il n’est pas incarné partout sur la planète, l’idéal démocratique a largement triomphé avec la modernité. Il semble être un acquis de la discussion politique contemporaine. Pourquoi avoir choisi de revenir à ses origines ?

Michel De Jaeghere : La démocratie a effectivement pour nous le caractère d’une évidence. Nous y adhérons presque unanimement. Nous avons hérité ce régime politique de l’Athènes du Ve siècle avant Jésus-Christ, où il a été expérimenté, mis au point. Or, j’ai été frappé par le fait qu’il était loin de faire la même unanimité parmi ses contemporains. Qu’il était au contraire critiqué sévèrement par les plus illustres des intellectuels du temps. J’ai voulu explorer ce paradoxe et cette filiation : voir dans quelle mesure ce régime était le même que le nôtre, évaluer la portée des mises en cause dont il était alors l’objet, m’interroger sur les origines et la portée des différences qu’on peut relever de l’un à l’autre.


F.P. : On parle depuis le XIXe siècle de « miracle grec » pour caractériser l’ébullition intellectuelle du Ve siècle avant notre ère. Pouvez-vous nous en exposer les grands traits ?

MDJ : Il me semble légitime de parler en effet de miracle. Dans l’espace-temps qui va de la deuxième moitié du VIe siècle au milieu du IVe, on a assisté, simultanément, à l’éclosion de la sculpture et de l’architecture classiques, à la création des chefs-d’œuvre du théâtre tragique (avec Eschyle, Sophocle et Euripide), en même temps qu’à l’apparition de la comédie satirique (Aristophane), au développement des sciences avec Pythagore et Démocrite, à la naissance de la philosophie avec les présocratiques, les sophistes, Socrate, Platon et Aristote, à celles de l’histoire (Hérodote et Thucydide), de l’ethnologie, de la science politique, de la rhétorique. Les Grecs y ont réélaboré les formules héritées des...

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