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La démocratie directe, un idéal sous contrainte

09/06/2022

Qu’est-ce que la démocratie directe ? Auteur d’une réflexion fouillée et stimulante sur la question, Pierre Mandon nous propose une définition précise de ce concept politique mal connu des Français, et passe en revue les principales pratiques qui en procèdent.

La démocratie directe, un idéal sous contrainte


Il existe au moins, depuis le mouvement des Gilets jaunes de novembre 2018, un engouement public non négligeable pour la démocratie directe sous le credo général de la reprise du pouvoir par le peuple, y compris au-delà du cercle des principaux acteurs du mouvement. J’identifie au moins quatre éléments explicatifs de ce phénomène revendicatif.

Premièrement, la désindustrialisation poursuivie et marquée de la France durant les quatre dernières décennies, notamment dans les activités manufacturières, qui s’est accélérée depuis l’adoption de l’euro, donc depuis la mise en concurrence directe avec la machine économique allemande, et aussi par l’adhésion de la signature de Pékin à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et plus généralement l’entrée de près de 1 milliard de Chinois dans le temps historique. Désindustrialisation se traduisant par une montée des inégalités territoriales et l’apparition de gagnants et de perdants de la mondialisation marchande et financière, tendance popularisée par Christophe Guilluy et le concept de France périphérique, qu’il a défini dans son livre éponyme (1) en 2014.

Deuxièmement, l’instauration d’une immigration de peuplement extra-européenne depuis la fin des années 1970 entraînant (avec l’effondrement de l’URSS) le tarissement des votes pour les partis marxistes, d’une part parce que les classes populaires blanches se sont tournées vers l’abstention et le vote nationaliste, d’autre part parce que les classes populaires extra-européennes ne s’inscrivent souvent pas dans la logique de l’internationale prolétaire et de la solidarité ouvrière avec les autochtones. Cela cumulé à la trahison de la droite – supposée gaullienne – envers les ouvriers (l’arnaque de la lutte contre la « fracture sociale », concept emprunté au philosophe Marcel Gauchet pour la campagne de Jacques Chirac de 1995) explique au moins partiellement l’explosion finale de ce que Jérôme Fourquet a appelé en 2019 dans son essai L’Archipel français (2) la « matrice catho-républicaine »,...

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