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La mise à mort technocratique de l’enseignement

Le fiasco de l’Éducation nationale n’est malheureusement plus à démontrer : le système éducatif français régresse dans tous les classements internationaux et le corps enseignant n’en finit plus de faire entendre son malaise, entre désir de sauver ce qui peut l’être et résignation désespérée. Ce déclin tragique s’explique en partie par le poids grandissant de l’administration : un nouvel esprit managérial s’est imposé dans le système, transformant les professeurs en prestataires de services et les élèves en simples clients. Les hauts fonctionnaires français, quels que soient les ministres successifs, sont ainsi parvenus à imposer leur vision du monde, qui est aussi celle des grandes instances de l’Union européenne.

La mise à mort technocratique de l’enseignement


En août 2019, lors du sommet du G7 à Biarritz, au sujet de sa politique étrangère, Emmanuel Macron a évoqué à plusieurs reprises l’entrave que constituait, à ses yeux l’« État profond », à savoir l’administration française. Pour la première fois, un Président français en exercice utilisait cette expression pour décrire les blocages des technocrates de la haute administration et par capillarité ceux des fonctionnaires de la petite administration, exécutants d’ordres émis par leur hiérarchie. À en croire l’actuel chef de l’État, tous seraient peu enclins à s’exécuter promptement quand le politique exige des changements rapides ou une réactivité alignée sur le temps réel et non sur celui, irréel, de notre bonne vieille bureaucratie. On le sait depuis longtemps, les Présidents et gouvernements passent, l’administration centrale reste. Cela est loin de ne concerner que le Quai d’Orsay ou Bercy, où le poids de l’État profond est bien connu.

UNE MACHINE ADMINISTRATIVE QUI ENFLE

Il est un autre domaine clé des politiques publiques où le poids de l’administration centrale et de ses ramifications régionales est écrasant : l’Éducation nationale. Le terme de « mammouth » pour le décrire n’avait pas été choisi par hasard. Claude Allègre voulait le « dégraisser » mais, en s’en prenant aux enseignants, il se trompait totalement de cible, légitimant l’hostilité à son égard. Les « profs », armée de petits fonctionnaires, sont les premières victimes de leur administration bureaucratique. Déjà écrasé par les injonctions réformatrices incessantes du ministère, les diktats pédagogistes d’experts en « sciences de l’éducation » ou de l’Inspection générale, quel enseignant n’a jamais eu à affronter aussi un agent de bureau méprisant ou indigent, incapable de proposer une solution simple à un problème simple ? Combien de coups de fil passés et perdus dans le néant des bureaux de la Direction du personnel...

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