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Le vivant, fardeau de la science moderne

08/06/2021

Contrairement à tant de savants qui ne voient la planète qu'à travers le prisme des mathématiques, le polytechnicien Olivier Rey plaide pour une « pensée qui sache à la fois reconnaître la profondeur et la dignité du vivant ».

Le vivant, fardeau de la science moderne

DE LA CHUTE DE CONSTANTINOPLE À LA SCIENCE MATHEMATIQUE DE LA NATURE

La disparition de l’Empire romain d’Orient, au XVe siècle, eut des conséquences immenses sur le devenir du monde. Jugez plutôt. Des érudits de langue grecque, quittant des terres devenues ottomanes, s’établirent en Italie. Ils apportaient avec eux de nombreux textes que les Occidentaux ne connaissaient que par bribes, et ouvrirent des écoles où ils enseignèrent le grec. La découverte des philosophies platonicienne et néoplatonicienne fut, pour certains esprits du temps, un émerveillement. À Florence, Côme de Médicis engagea Marsile Ficin à traduire en latin toute l’œuvre de Platon. Celle-ci, jusqu’alors très peu connue, devint d’un coup accessible à toute l’Europe lettrée. La fresque que le pape Jules II commanda au début du XVIe siècle à Raphaël, intitulée L’École d’Athènes, témoigne de la fantastique promotion de Platon au cours du demi-siècle précédent : alors que, durant toute la période médiévale, Aristote était la figure principale de la pensée antique (au point que, dans La Divine Comédie de Dante, il n’apparaît pas sous son nom, mais comme « le maître de ceux qui savent »), dans L’École d’Athènes,
Platon a comblé son retard et occupe avec Aristote le centre de l’œuvre.

Dans l’affaire, les mathématiques gagnent un nouveau statut. Pourquoi dit-on qu’au fronton de l’Académie, où les disciples de Platon se réunissaient près d’Athènes, était inscrite la sentence : « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre » ? C’est qu’au sein de la pensée platonicienne, les mathématiques occupent une place décisive, en tant qu’intermédiaires entre le monde sensible et les idées. Pour Platon, la vertu des mathématiques était principalement ascendante : par elles, l’âme apprenait à se détacher du sensible pour se tourner vers l’intelligible, à quitter les apparences pour rejoindre les idées. Certes, le chemin devait...

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