ÉcoleÉducation nationale

L’école, du temple républicain au marché mondial

Dans l'imaginaire républicain, l'école est sacrée. Lieu d'émancipation et d'élévation intellectuelle, elle est devenue progressivement l'antichambre du monde du travail. Il semble plus facile de former des consommateurs « responsables » que des citoyens libres.

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Comme le lecteur l’a appris en cours de philosophie, l’étymologie du terme « école » renvoie à celui de skholè, vocable grec généralement traduit par « loisir ». Les personnages du Théétète, dialogue de Platon qui s’attache à définir la science, le répètent à l’envi : « Ne sommes-nous pas de loisir ? », entendant par-là que la réflexion, l’accession au savoir exigent de s’abstraire de l’activité et du mouvement. Ainsi, la recherche de la vérité et l’élaboration réflexive constituaient l’apanage des hommes libres de la Cité, seuls susceptibles d’être de loisir, le travail et la satisfaction des besoins relevant de la condition servile.

Par la suite, la skholè devint scolastique, enseignement théologique orienté par la logique d’Aristote et dispensé par l’université médiévale. À celle-ci, Descartes opposa la méthode, défendant l’idée que la raison, présente en chacun, permettait de distinguer le vrai du faux, sous réserve qu’elle suive dans l’ordre les étapes de réflexion par lui définies. Le sujet pouvant accéder par lui-même au vrai, le maître devenait de ce fait potentiellement accessoire. Cette autonomie de la raison, mal comprise et dévoyée par le XXe siècle, a peut-être justifié l’illusion qu’il n’était plus besoin de figure d’autorité en matière intellectuelle, et que la connaissance ne consistait plus à intégrer un savoir extérieur puis à l’examiner méthodiquement, mais simplement à exprimer ses opinions.

Dévoiement qui semble avoir inspiré les réformes successives du système éducatif depuis l’après-guerre, menant à ce nouveau paradigme : les professeurs n’ont plus pour mission de transmettre la discipline qu’ils enseignent, mais celle d’œuvrer à l’« épanouissement » de leurs élèves. Depuis quelques décennies, ces derniers sont donc invités à « participer », supposément pour développer leur esprit critique et résister aux biais idéologiques que recèlent potentiellement des programmes définis par l’État. Dans cette même perspective, le ministère réduisit la part donnée à l’écrit (le primat étant désormais accordé à l’oral),...