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"Les journalistes qui nient rechercher l'influence ne sont pas sincères"

ENTRETIEN. Dès qu’il a été décidé de consacrer un numéro de Front Populaire aux médias, Michel Onfray et Frank Lanot ont songé à recueillir la parole d’un grand témoin et pensé à Jacques Julliard, éditorialiste à Marianne, chroniqueur au Figaro, ex-syndicaliste, ancien universitaire, auteur d’une quarantaine de livres. Un columnist, comme on dit aux États-Unis. Rencontre avec un faiseur d’opinion.

"Les journalistes qui nient rechercher l'influence ne sont pas sincères"


F.P. : Vous correspondez, si on se réfère aux analyses de Pierre Bourdieu, à la figure emblématique de l’intellectuel : vous appartenez ou avez appartenu à la fois au monde de l’université, à celui de la presse et à celui de l’édition. Après plus de soixante ans de carrière, votre voix est toujours aussi connue, reconnue, attendue, redoutée. On peut vous définir comme un « intellocrate », mot qui peut paraître péjoratif. Cependant, si on se réfère au sens étymologique, cela signifie, comme l’a établi Régis Debray, qu’il existe très clairement un « pouvoir intellectuel » en France. Vous reconnaissez-vous dans cette proposition de sens ?

Jacques Julliard : Dans la description que vous venez de faire, je reconnais que je coche toutes les cases. Pour moi du reste, il s’agit toujours du même métier : raconter les choses « telles qu’elles se sont produites », selon la définition de l’Histoire par Thucydide. Ce qui change, ce sont les publics, ou encore les « supports ». Chronologiquement et fondamentalement, je suis avant tout un universitaire. Dans les années 50, après une jeunesse passée à la campagne, j’ai été reçu à l’École normale supérieure et obtenu l’agrégation d’histoire. Pour mon père, qui appartenait au Parti radical, avoir un fils reçu à l’école de Léon Blum et d’Édouard Herriot, c’était le sommet. Mais dès mon enfance, ce qui me fascinait c’était le journalisme. Pas en termes de pouvoir, mais en termes d’influence. D’ailleurs, les journalistes qui nient rechercher l’influence ne sont pas sincères à mon avis.


F.P. : Lorsque vous employez le mot « influence », est-ce celle exercée auprès du pouvoir ou auprès du peuple ?

JJ : Eh bien, le journaliste joue toujours un peu de cette ambiguïté. Qu’il le veuille ou non, qu’il soit, je dirais, pro-gouvernemental ou qu’il...

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