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Val de Garonne : voyage dans un désert médical ordinaire

Dans les terres fertiles du Val de Garonne, à cheval entre le Gers, le Tarn et le Lot-et-Garonne, les médecins sont rares et débordés, les urgences ferment et les habitants, désabusés, renoncent à se faire soigner. Plongée dans la France abandonnée par l’État.

Val de Garonne : voyage dans un désert médical ordinaire


La nuit tombe dans le village de Miradoux (Gers), mais la salle d’attente du docteur Isabelle Ballenghien ne désemplit pas. Dans la petite verrière, les chaises alignées suffisent tout juste à la dizaine de patients présents. Lorsque l’une d’entre elles se libère, elle est aussitôt occupée par un nouveau venu. Une dame âgée regarde sa montre, soupire face à l’attente : « J’ai fait vingt minutes de route pour voir le docteur, il n’y en a pas d’autres à côté de chez moi ! », se plaint-elle. De son côté, une fillette tourne en rond sous les yeux de sa mère qui s’impatiente, se lève et marche d’un pas décidé vers l’assistante médicale : « Voilà deux heures et demie que j’attends, j’ai juste besoin d’une ordonnance pour ma fille. » Réponse de la secrétaire : « Nous sommes débordés, le monsieur avant vous risque de partir aux urgences. » Dépitée, la jeune femme retourne à sa place : « Cela devient impossible de voir un médecin ici, à chaque fois c’est la même chose, deux, parfois trois heures d’attente. »

Pourtant, Isabelle Ballenghien l’assure, elle est encore en mesure de traiter les cas d’urgence : « J’ai été un des premiers médecins à prendre une secrétaire médicale. C’est elle qui me prépare les dossiers. » Arrivée en 2007 dans ce petit village de la Toscane française, la médecin généraliste multiplie les consultations durant ses journées à rallonge : « Je commence à 8 h du matin et je rentre chez moi vers 21 h pour me coucher immédiatement. Souvent, une urgence m’oblige à faire sauter les petites pauses que je me réserve. » À l’heure actuelle, le cabinet tourne grâce à l’aide du docteur Fitou, 73 ans, qui occupe encore un mi-temps. Pour ce médecin vétéran, c’est une histoire...

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