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La question sociale : le vrai-faux

LE VRAI-FAUX. À l'heure des poncifs austères d'économistes de plateaux, de la dégringolade du pouvoir d'achat et de la paupérisation des Français, les idées reçues sur la question sociale sont légion. Démêlons le vrai du faux.

La question sociale : le vrai-faux


IDÉE REÇUE N°1 – La Révolution française a été antisociale : VRAI

Il a fallu attendre la loi Waldeck-Rousseau en 1884 pour que le syndicalisme ouvrier soit enfin autorisé en France. Car à peu près un siècle plus tôt, en 1791, l’Assemblée constituante avait voté la loi Le Chapelier, proscrivant les corporations, interdisant les négociations salariales collectives et considérant comme « séditieux » les « attroupements ouvriers qui auraient pour but de gêner la liberté que la Constitution accorde au travail de l'industrie ». Avec ce texte éminemment libéral – une loi « terrible », de l’avis même de Jaurès – qui fut donc en vigueur pendant quatre-vingt-treize ans, la Révolution française facilita grandement l’exploitation des pauvres, des femmes et des enfants. Michel Onfray l’explicite dans ce numéro en rappelant la colère du révolutionnaire anarchiste Jacques Roux [1]. C’est là l’une des nombreuses ambiguïtés de la modernité, fondée sur l’idée nouvelle d’émancipation individuelle face à un passé démonisé [2]. Appuyée sur le progrès technique, l’idéologie libérale a en quelque sorte légitimé le mode de production capitaliste. Seulement, la révolution industrielle qui s’ensuivit au XIXe siècle plongea les masses prolétarisées dans une telle misère que des mouvements protestataires d’ouvriers ne tardèrent pas à se déclencher, en Angleterre d’abord (le luddisme dès 1811), puis en France (la révolte des Canuts de Lyon en 1831). Ce n’est pas un hasard si Victor Hugo situe l’action de son roman Les Misérables (1862) dans les années 1820-1830. En 1840, le médecin Louis-René Villermé se lance dans une vaste étude des conditions de travail et de vie des ouvriers et produit un rapport alarmant [3], donnant naissance au passage à la médecine du travail. La « question sociale » est désormais posée.

Notes

1. Ce dernier déclare dans son « Manifeste » présenté...

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