Politiquesocialisme

La réappropriation des « communs » : l’enjeu du XXIe siècle ?

Le mot « commun » a longtemps perdu de son éclat. Pourtant, face à la prédation du capitalisme mondialisé et ses effets dévastateurs pour l'homme et la planète, il pourrait bien être le grand enjeu du siècle. Et de ceux à venir ?

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Le règne de la marchandise devait pacifier les relations entre les hommes et éteindre les guerres. Il n’en fut rien. La guerre de chacun contre chacun de Hobbes prit la forme de la concurrence acharnée qui doit éliminer les concurrents. En lisant attentivement Marx et notamment l’extraordinaire livre I du Capital, on comprend que l’échange marchand est un puissant dissolvant de toute communauté. En effet, l’échange marchand implique des individus qui se font face comme des étrangers possesseurs de choses aliénables. Une telle situation, nous dit Marx, n’existe pas dans la « communauté naturelle », quelles que soient ses formes. « L’échange des marchandises commence là où se terminent les communautés, à leur point de contact avec des communautés étrangères ou avec des membres de communautés étrangères. Mais une fois que certaines choses ont commencé d’être des marchandises à l’extérieur, elles le deviennent aussitôt par contrecoup dans la vie intérieure des communautés (1). » De cela, nous pouvons tirer une double conclusion : là où il y a communauté, il n’y a pas échange marchand et là où il y a échange marchand, il n’y a pas communauté. John Locke, le théoricien du libéralisme et du « propriétarisme » (ndlr : l’idéologie fondée sur la protection absolue de la propriété privée) expose tout cela sans la moindre ambiguïté. C’est « chacun pour soi et Dieu pour tous » !


La « société liquide » et la marchandise


Nous avons avancé l’idée que l’échange marchand finit toujours par dissoudre les communautés humaines. En suivant le fil marxien, nous pouvons ainsi comprendre quelques-uns des phénomènes sociaux les plus importants de notre époque. Analysée par de nombreux sociologues et essayistes, la transformation de nos sociétés en sociétés d’individus – la « société liquide » du sociologue anglo-polonais Zygmunt Bauman – est un fait patent. Mais il n’est que la conséquence des profondes transformations sociales et anthropologiques que le mode...