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Le catholicisme social, à l'avant-garde de la question ouvrière

Malgré le sérieux discrédit jeté sur le système représentatif actuel, l’inconscient collectif continue de voir la gauche au plus près des démunis au nom de la justice sociale, alors que la droite représenterait le monde de l’argent et de la sécurité. Pour Jérémy-Marie Pichon, le catholicisme social peut faire figure de troisième voie et nous aider à surmonter une telle simplification.

Le catholicisme social, à l'avant-garde de la question ouvrière


Le catholicisme social s’enracine à l’évidence dans le message chrétien. Contre l’hérésie millénariste qui entendait établir le royaume de Dieu sur terre, le christianisme a cherché en effet tout au long de son histoire à être dans le monde sans être du monde. Ainsi, alors que le Christ soutient que son « Royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18,36), on peut aussi l’entendre dire, parmi ses fameuses béatitudes : « Heureux les doux car ils recevront la terre en héritage. » (Mt 5, 5)… Terre promise, certes, même si dans son attente, la prière du Notre-Père invite à ce que la volonté divine soit faite « sur la terre comme au ciel ».

Le catholicisme social prend une vigueur particulière à partir de la fin du XVIIIe siècle, quand la religion se trouve confrontée à la Révolution française et cherche à l’accompagner, voire à la dépasser. Conscients du lien étroit entre individualisme et révolution, des catholiques vont d’abord réagir aux persécutions religieuses de la période révolutionnaire (le génocide vendéen, la spoliation des biens du clergé, etc.), pour ensuite penser aux conséquences sociales et économiques du changement de régime.

Or, les lois d’Allarde et Le Chapelier de 1791 ont renversé le système corporatiste d’Ancien Régime en modifiant considérablement le droit du travail. Désormais, l’individu prime par rapport à la société et, en retour, le contrat conditionne les relations entre les acteurs économiques, si bien que le travail s’ouvre sans limites aux impératifs du marché. Le libéralisme naissant va donc faire éclater les solidarités locales d’une société dont la productivité reposait jusqu’ici, pour l’essentiel, sur les corporations, accentuant fatalement la paupérisation ouvrière. La Révolution apporte avec elle un industrialisme qui ne connaît aucune loi, si ce n’est celle sanctionnée par Vautrin devant Rastignac dans Le Père Goriot (1842) du très...

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