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"Les dessous de la crise sanitaire et du big pharma" : l'interview de Philippe Douste-Blazy

L’interview de Philippe Douste-Blazy par Thibault Isabel

La crise sanitaire a révélé des dysfonctionnements profonds au sein de l’appareil d’État, mais aussi l’influence des grands laboratoires pharmaceutiques. Notre médecine est-elle placée sous le contrôle des intérêts privés ? Comment l’administration française de la santé devra-t-elle se réorganiser à l’avenir afin de pouvoir faire face à de nouvelles crises ? Et l’OMS a-t-elle été à la hauteur de la situation ? Autant de questions à débattre avec Philippe Douste-Blazy, qui fut plusieurs fois ministre de la Santé et qui est aujourd’hui membre du conseil d’administration de l’IHU Méditerranée Infection de Marseille dirigé par le professeur Didier Raoult.

"Les dessous de la crise sanitaire et du big pharma" : l'interview de Philippe Douste-Blazy


F.P. : L’affaire de la non-homologation de l’hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19 et l’étude à charge publiée dans
The Lancet, puis retirée pour biais méthodologique, ont-elles selon vous mis en évidence l’intérêt des grands laboratoires pharmaceutiques dans la commercialisation de médicaments coûteux plutôt que dans celle de molécules très bon marché ? Jusqu’à quel point les impératifs économiques et boursiers des entreprises pharmaceutiques contribuent-ils en somme à jouer avec la santé des citoyens ?

Philippe Douste-Blazy : Même si nous ne devons pas juger toutes les industries pharmaceutiques de la même manière, ce qui vient de se passer durant cette crise sanitaire est extrêmement choquant puisqu’on voit que tous les coups sont permis pour que les molécules les plus chères et qui n’ont pas encore prouvé leur efficacité soient reconnues. Et cela pour une seule raison : accroître la valeur boursière du groupe pharmaceutique qui les produit, qu’il s’agisse de médicaments ou de vaccins. Le cas le plus incroyable ayant été le vaccin d’une compagnie pharmaceutique américaine qui a vu sa valeur boursière grimper en flèche, simplement parce que l’innocuité du vaccin tendait à être démontrée lors de la phase 1 de l’étude, qu’on appelle phase « safety », alors même que l’efficacité en tant que telle du vaccin n’avait absolument pas été prouvée à ce stade. Cette phase 1 est pratiquée sur des êtres humains sains afin de s’assurer que les médicaments ou les vaccins ne mettent pas en jeu des fonctions vitales (rénales, cardiaques, cérébrales, sanguines, etc.). Toute cette situation est d’autant plus désolante que la compagnie concernée est vraiment remarquable sur le plan scientifique.

La publication d’une étude suggérant l’innocuité d’un éventuel futur vaccin dont on ne connaît pas l’efficacité a donc suffi pour que la valeur boursière de la compagnie pharmaceutique augmente de 30%. La...

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