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Pourquoi la banlieue populaire n’est pas l’héritière du monde ouvrier : L’exemple de Sarcelles

14/09/2022

Dans son dernier livre, Les Uns contre Les Autres (éd. du Cerf, 2022), Noémie Halioua raconte la faillite du vivre ensemble à Sarcelles, sous-préfecture du Val-d’Oise où elle a grandi. Nous lui avons demandé si, malgré tout, une certaine culture ouvrière ne subsistait pas dans la ville de son enfance. Sa réponse est sans appel.

Pourquoi la banlieue populaire n’est pas l’héritière du monde ouvrier : L’exemple de Sarcelles


Comment se réclamer d’une histoire lorsqu’on n’en a pas ? Le drame des villes nouvelles qui ont poussé autour des grandes métropoles, c'est précisément qu'elles n’ont pas de passé. Pas d’assises sur lesquelles prendre ancrage, pas de racines à rallier : on les a bâties sur de grands terrains inhabités et à la place de quelques petits villages que l’on a écrasés dans les années 60. Ces monstres en béton, aux milliers de logements, se sont élevés à la va-vite pour accueillir la démographie galopante de l’après-guerre, les enfants du baby-boom et de la décolonisation, puis ceux du regroupement familial. Cergy-Pontoise, Marne-la-Vallée, Évry, Sarcelles…

C'était le temps où le communisme français bénéficiait encore d’une profonde implantation locale. À Sarcelles, celui qui est resté maire pendant deux décennies, après avoir assisté à la construction des grands ensembles, est un ancien métallo, membre du PCF. Diplômé d’un CAP de tourneur, Henry Canacos (né en 1928) a commencé sa carrière dans une usine d'outillage mécanique de Saint-Ouen, près de Paris. Il fait partie de ces ouvriers qui ont voulu voir dans le nouveau monde qui prenait forme sous leurs yeux une réplique de celui qu’ils avaient connu auparavant. À l'instar de nombre d’édiles de la ceinture rouge parisienne, il a perçu les locataires des barres HLM de sa ville comme les nouveaux damnés de la terre, des camarades de lutte d’une possible révolution à venir.

Mais l’ère post-industrielle a, entre-temps, accompli sa métamorphose. Et si les tours d’habitation ont indéniablement été investies par des représentants des classes populaires, ceux-ci ne subissent pas les mêmes difficultés que jadis. À Sarcelles, le chômage est massif et la population est significativement juvénile : l’énigme pour cette jeunesse n’est pas de trouver du temps pour vivre, mais une façon de le tuer. Quant aux travailleurs qui peuplent...

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